Vendredi 29 mai 2009

Une sensation incroyable m'a envahie ce matin. Dès mon réveil. Sensation infime mais suffisamment prégnante pour avoir le sentiment d'avoir été flouée toute ma vie ! Drôle de vachardise, vous de ne pensez pas ?!


Je ne sais si j'ai vu le jour sous les feux de Saturne, Vénus ou Jupiter mais je puis vous dire que ce n'est assurément pas sous les meilleurs auspices ! C'est fou parce que plus je prenais conscience de cet état de fait, plus le sentiment de trahison m'envahissait toute entière se transformant en une rage démoniaque.


Impossible que la vie puisse me jouer ce mauvais tour. Dopée par un formidable regain de vitalité, j'avais décidée de me battre pour obtenir ce que j'estimais mériter c'est-à-dire le meilleur !


Fini le temps où je purgeais ma peine portant le fardeau d'innombrables années de souffrances et d'humiliations. Fini le temps de la soumission et de l'abnégation. C'est vrai, la vie ne m'a pas épargnée. Elle m'a cabossée au sens littéral du terme tant et si bien qu'il m'a fallu porter une minerve pendant 10 longs mois. Mois durant lesquels mon horizon ne se résumait qu'à un plafond jauni et décrépi. J'ai bien cru ne jamais sortir de cet enfer.


Jusqu'à présent, ma vie n'a été qu'une ébauche. Je suis partie du mauvais pied et je n'ai jamais su ou pu rectifier le tir. Alors oui, j'ai vécu comme une statuette de marbre absorbant les coups, annihilant la douleur et les émotions devenues mes ennemies les plus chères. J'étais devenue faisandée de l'intérieur comme ces étals de viandes avariées au bord des routes de Bamako. Debout mais putréfiée.


Jusqu'alors, je n'avais eu aucun réflexe de révolte ni même d'orgueil. La vie déroulait comme une lame emportant tout sur son passage sauf que j'étais sur son passage. Oui, c'est ainsi qu'elle m'a flambée jusqu'à ce que je ne puisse plus me reconnaître. Je m'étais tant niée et reniée qu'un sursaut devenait inévitable, j'imagine. Quoique ... Je n'attendais tellement plus rien de la vie que les choses auraient pu continuer ainsi inexorablement sans que personne ne s'en plaigne, pas même moi.


Mais, Dieu m'a envoyée un signe et donnée une seconde chance et il ne me reste plus qu'à renaître de mes cendres.


Paris, le 29 Mai 2009




Par Vanessa - Publié dans : Textes & Poèmes
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Jeudi 28 mai 2009

Le 11 Décembre 2000. Aujourd'hui encore, je me souviens ... Je posais les pieds sur la terre de Castrie. C'était la première fois ...


Le tarmac était chaud. Il me brûlait les pieds. Mais, qu'importe. J'étais là. Après cinq années de séparation, d'absence et de déchirement, j'allais revoir mon père. J'allais enfin pouvoir le serrer dans mes bras. Sentir son odeur. Entendre le son de sa voix. Toucher du doigt la sensation d'être une petite fille. Rien qu'une toute petite fille. Pour quelques mois. Quelques mois à vivre auprès de lui, dans sa maison, à Castries. Un trésor m'était offert ...


Il faut dire que depuis cette soirée fatidique où ma mère et moi avions dû partir en catastrophe d'Abidjan après une énième dispute entre mes parents, je n'avais cessé de prier et d'espérer pour que ce jour arrive. Il n'en demeure pas moins que par la suite, plus rien n'avait été comme avant.


Mais, une vie plus tard, Dieu avait exaucé mes prières et aujourd'hui, l'occasion m'était donnée de rattraper le temps perdu. Toutes ces années où nous n'avions pu partager une séance de cinéma et apprécier un film de Pedro Almodovar. Toutes ces années où nous n'avions pu prendre un petit-déjeuner ensemble. Toutes ces années où nous n'avions pu arpenter les échoppes des librairies en nous remémorant nos souvenirs de lecteurs. Toutes ces foutues années où nous étions à des milliers de kilomètres l'un de l'autre.


Mais aujourd'hui, l'histoire serait toute autre ... D'ailleurs, le voilà qui approche. Il est tel que dans ma mémoire. En un clin d'œil, ces nuits de cauchemar à pleurer s'effacent en apercevant son sourire. C'est mon père. Je suis émue aux larmes tant ces retrouvailles me semblaient inimaginables il y a encore quelques semaines. Pétris d'émotions, nous avançons l'un vers l'autre. Il ne reste plus que quelques pas. Mon père me tend ses bras dans lesquels je m'empresse de fondre. La chaleur de son corps me réchauffe le cœur. Je savoure cet instant précieux et m'agrippe à lui de peur qu'il ne me lâche. Nous nous étions tant manqués ...


Dès mes premiers pas, je me sens comme chez moi. Je retrouve les odeurs et la moiteur du climat africain que j'avais connu étant petite. L'ambiance colorée et fraternelle est telle que dans mes souvenirs. Mon père me fait signe de le suivre jusqu'à sa voiture et nous emmène jusqu'à une délicieuse marina où nous nous arrêtons pour déguster un copieux petit-déjeuner. Submergée par le plaisir de ces retrouvailles, je commande une généreuse assiette de haricots blancs, accompagnés de leurs saucisses et de ses œufs au plat sans oublier ses divers petits pains et confitures que je pourrais tremper allégrement dans ma tasse de thé. Un vrai petit-déjeuner anglais pour renouer le contact !


Ravis par ce petit-déjeuner prometteur, nous nous regardons au fond des yeux. Un franc sourire souligne nos lèvres réjouies. Le fil du temps peut désormais se poursuivre, nous sommes ensemble et pour longtemps ...


Paris, le 28 Mai 2009


Par Vanessa - Publié dans : Textes & Poèmes
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Vendredi 17 avril 2009


Il s'était planté au centre de la cour. Il était seul dans cette cour grise, trop petite pour lui. Les murs l'empêchaient de projeter son regard au loin. L'horizon n'existait plus.

 

Il marchait de long en large lorsque soudain, l'espace se remplit de voix. Les voix, aux tonalités variées, discutaient, riaient, murmuraient. Le volume allait croissant mais les voix étaient toujours aussi claires et distinctes. Si nettes qu'Alejandro de la Guardia avait distingué sa propre voix. Une voix nettement reconnaissable, rieuse et audible, celle de son enfance. La voix de l'insouciance et de l'innocence mais une voix terriblement angoissante tant elle demeurait impalpable. Une voix effrayante parce que tout en étant certain qu'elle fut la sienne, il savait bien qu'elle ne l'était pas. Elle l'attirait. Cette voix l'attirait vers un secret qui ne lui appartenait pas. Elle le menaçait si dangereusement qu'il aurait voulu n'en rien savoir.

 

Et pourtant, les sons et les murmures envahissaient la totalité de son crâne. Alejandro de la Guardia avait beau lutter, il ne pouvait échapper à cet envahissement. Cette intrusion qui devenait de plus en plus insupportable. Il voulait à tout prix faire disparaître ces pensées lancinantes qui semblaient ne vouloir lui laisser aucun répit. Il rusa, biaisa, tentant sans relâche d'éluder les sentiments que de telles pensées faisait naître en lui mais sans succès. Elles le traquaient dans les moindres replis de son âme et Alejandro de la Guardia n'aimait pas ça du tout.

 

Jusqu'à présent, il était parvenu à les éviter. L'introspection n'avait jamais été son fort. Il avait toujours su faire sans. Mais, peut-être était-ce là que résidait son talon d'Achille ? A trop vouloir fuir, il s'était retrouvé dans cette minuscule cour grise et froide. A ne rien vouloir savoir, il s'était perdu en route. A se voiler les yeux, il s'était à jamais privé d'un avenir serein et radieux.

 

Et ce matin, au centre de cette cour, la lumière avait jailli. Plus question de se mentir. Pour la première fois de sa vie, à la veille de son exécution, Alejandro versa une larme à la mère qu'il n'avait jamais eue.

 

Paris, le 17 Avril 2009

Par Vanessa - Publié dans : Textes & Poèmes
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Vendredi 3 avril 2009

Rien ne pouvait laisser prédire que le monde ne serait plus jamais pareil. Qui aurait pu imaginer que notre quotidien basculerait du jour au lendemain ? Personne. Et pourtant ... Ce matin-là, ce fut le choc.


En y repensant, tout commença de travers. Dès mon réveil, les choses les plus anodines commencèrent à déraper. L'attitude de mon chat, Loukoum aurait dû me mettre la puce à l'oreille. Une simple caresse amicale et voilà qu'il m'assénait un violent coup de griffe sur la main en me soufflant méchamment dessus. Comme si cet accès d'animosité ne lui avait pas suffi, il s'empressa de prendre la poudre d'escampette. Je n'ai pourtant rien d'un fantôme ! Curieuse réaction, ne trouvez-vous pas ? Mais ce banal incident ne devait être que le début d'une suite illogique où tout devait aller de mal en pis.


Au sortir de chez moi, impossible de reconnaître mon environnement. Ma maison ne ressemblait plus à une maison mais à un immense immeuble high-tech, ultra sophistiqué. Disparue ma jolie chaumière à colombage, vieille de 150 ans, aux poutres apparentes et aux délicieuses lignes normandes. Exit bosquets et jardins fleuris. Place aux panneaux publicitaires et autres plaisirs visuels des villes industrielles. Nul endroit où poser mes yeux sans que le gris des villes n'accapare mon champ de vision. Aucune verdure, pas la moindre fleurette sur les façades des habitations. Ma jolie campagne n'existait plus. Elle venait d'être engloutie par la ville. Mais qu'avait-il bien pu se passer ? Chose étrange, à y regarder de plus près, les personnes environnantes n'avaient par l'air d'être perturbées. Elles vaquaient à leurs occupations, bavardant entre elles, traçant leur chemin dans cette campagne dont je semblais être seule à me souvenir.


Après un round d'observation et pour en avoir le cœur net, je me décidai enfin à aborder un jeune couple afin de le questionner sur les changements soudains opérés durant la nuit. Je me rapprochai, fixai la jolie jeune femme brune et allai droit au but en lui demandant si elle avait entendu parler des bouleversements que notre campagne et nos vies connaissaient. Je la pressai du regard afin qu'elle puisse me révéler ce qu'elle savait mais elle semblait lointaine. Elle me regardait sans me voir et ne paraissait pas comprendre ce que je lui voulais. C'est alors qu'elle se retourna vers son compagnon qui n'avait pas l'air de mieux saisir la situation. Ils échangèrent quelques paroles dont je ne compris pas le sens et pour cause ils ne parlaient pas ma langue. Pas de chance, j'étais tombée sur des touristes ! Je n'allais pas pouvoir compter sur eux. Il allait falloir que je cherche mes renseignements ailleurs. Pas de problème. Je courus jusqu'à la halle aux poissons. Nul doute que j'y trouverai des badauds. A quelques encablures, je ressentis le même malaise. Malaise persistant qui ne fit que s'amplifier. Les odeurs, les couleurs et les perceptions n'étaient plus les mêmes. Je pus le sentir, le ressentir et le percevoir à chaque coin de rue. Plus rien n'était comme avant. C'était comme si on m'avait privée de mes sens. Ma campagne était aseptisée. Ils l'avaient tuée. Ni odeurs, ni couleurs, encore moins de saveurs. Ils l'avaient dépecée. Privée de son essence. Je sentis que je l'avais perdue. Je le savais. Mon paradis s'était envolé. Désormais, une société de fer et de glace s'étendait à perte de vue. La halle aux poissons confirma mon pressentiment. Les marchandes, leurs soles, truites et loups de mer en pagaille avaient disparus. L'iode ne venait plus chatouiller mes narines. Le béton avait remplacé les toits en chaume. Le brouhaha des passants et des enfants avaient fait place au silence mortel des tours qui montaient jusqu'au ciel sombre, menaçant, le ciel des mauvais jours. Je posai mon regard sur ce massacre orchestré. Un immense sentiment de solitude me submergea. Impossible de contenir plus longtemps mes larmes.


Incroyable ! Quel scénario ! Voilà longtemps que mon agent ne m'avait pas soumis une histoire aussi forte. Plus vraie que nature. Nul doute que ce film fera un tabac. Réalisé par Steven Spielberg en personne, cette bombe cinématographique risque fort bien d'être classée au top niveau et devrait assurément entrer en lice pour les Oscars. A moi, la statuette ! Avec un tel rôle en or, je devrai pouvoir faire taire les pires langues de vipères qui ne cessent de me dénigrer jugeant mon succès inapproprié. Je vais leur montrer que je ne suis pas qu'une plastique irréprochable. Vous verrez que l'Actors Studio n'a rien à m'apprendre !


Paris, le 2 Avril 2009



Par Vanessa - Publié dans : Textes & Poèmes
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Mercredi 11 mars 2009


Je regarde ma vie sans complaisance

Le plaisir s'est fait la malle

Depuis tant d'années déjà

Que je ne me souviens plus de sa saveur

 

Saurai-je le reconnaître

Si par miracle il réapparaissait ?

Je n'ose y croire alors que la vie

Paraît s'ouvrir devant moi

 

Pourquoi cet abîme m'effraie t-elle autant ?

Aurai-je peur de m'y perdre

Ou pire encore de m'y découvrir ?

 

Mais que dis-je ?

Mon esprit déraille

Et tout me semble chaos

Dans ce monde qui m'est étranger

 

Alors, ne m'en veuillez pas

Si je vous tire ma révérence

 

Paris, le 11 Mars 2009

Par Vanessa - Publié dans : Textes & Poèmes
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A méditer ...

  La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent.

Albert Camus

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