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C'est avec beaucoup de bonheur que je vous ouvre les portes de mon jardin secret. J'espère que vous aurez grand plaisir à vous y perdre et à partager l'amour des mots et celui de la poésie.

Je vous souhaite un bon voyage !

Vanessa

A méditer ...

  La vraie générosité envers l'avenir consiste à tout donner au présent.

Albert Camus

22 mars 2022 2 22 /03 /mars /2022 17:10

J'entre dans la pièce et dans l'instant, tout se fige. Un silence glacial emplit l'espace. Un silence de mort s'abat sur moi. Il m'enveloppe de la tête au pied. Je sens ce froid qui me pénètre les chairs. Je suis glacée de l'intérieur. Ma respiration s'est ralentie de peur de briser ce silence. J'essaie de me faire toute petite. Seuls mes yeux bougent, de gauche à droite, de droite à gauche, en haut, en bas. Je suis en alerte. Tous mes sens sont en éveil. Ça fait 4 mois que je ne suis pas revenue.

Telle une panthère, je suis sur le qui-vive. Je me concentre. Plus rien n’existe que cet instant.

Je perçois le bruit de la rue au loin, le chant des oiseaux annonçant l’arrivée du printemps, le marteau-piqueur martelant encore et encore le bitume, le vrombissement des voitures et le silence étourdissant de la pièce. Ne pas se laisser distraire. Je ne veux rien occulter. Le moindre détail a son importance.

J'ai la gorge sèche. J'ai du mal à respirer. Ma vue se trouble l'espace d'un instant. Mais, je me ressaisis aussitôt. Je veux garder le contrôle de la situation. Je ne veux en aucun cas qu’ils puissent croire qu’ils pourraient me déstabiliser. Mais, quel est ce frisson qui glisse le long de mon échine ? Est-ce la peur qui va guider mon esprit ou bien vais-je réussir à tenir à distance ce trouble qui grandit en moi ? Je cherche en moi les ressources nécessaires à ma survie. Retrouver mon instinct animal. Je me dois d'être la plus féline possible. Ne pas être la proie mais bien la prédatrice. Jouer, bluffer, ne pas être dupe et frapper. Être la plus maline. Faire fi du malaise que je sens poindre en moi. Chasser ce haut-le-cœur qui me rend faible et vulnérable. Je déteste me sentir si émotive. Reprendre le pouvoir et ne rien laisser paraître.

J’avance d’un pas et un léger étourdissement me fait vaciller. Ils ont tout enlevé. Il ne reste plus rien de mon passage, comme si je n’avais jamais été là. Ils ont continué sans moi. Je suis là debout mais personne ne semble me voir. Alors, quoi ? Je devrais faire comme si de rien n’était ?!

Un infime moment d’égarement me fait hésiter mais je sais pourquoi je suis revenue et rien ni personne ne doit me détourner de mon objectif. Je prends une grande inspiration et je regarde droit devant moi. L’ivresse de ma vindicte est à l’aune de mes blessures et de ma désillusion. Mon destin est en marche. Je vais les tuer. Je vais les massacrer.

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21 décembre 2021 2 21 /12 /décembre /2021 16:29

Noirs dans la neige et dans la brume, mes pas suivent un chemin, un chemin semé d’embûches et de souffrance. Et quoique je fasse mes pas me ramènent toujours au même endroit. Et ces questions qui tournent dans ma tête … et si, et si les choses avaient été autrement ? Qu’en serait-il aujourd’hui ? Aurai-je été celle que je suis ? L’idée d’une autre vie m’effleure parfois. Mais, les dés ont déjà été jetés. Jeu, set et match ! Je n’y peux rien. Enfin, si. Peut-être … J’essaie d’avancer même si je trébuche et tombe jusqu’à toucher le fond. Penser que c’est la fin et puis me relever. Pour eux. Pour moi, peut-être aussi … Ne pas passer à côté. Et si c’était déjà trop tard ? Quand j’y pense, cela me terrifie.

Un instant, je ferme les yeux. Tout me revient en mémoire et me saisit comme une lame de fond qui me broie et ne me lâche plus. J’en ai le souffle coupé. Mes jambes tremblent et se dérobent. J’ai le sentiment de perdre pied. Je cherche une nouvelle respiration. Je suffoque. Un souffle d’air. Rien qu’un seul. Revenir à la surface. Encore un peu. Mais, en ai-je réellement envie ? Revivre encore et encore ce cauchemar, ressentir cette douleur et ne jamais pouvoir s’en extraire. Elle joue avec moi. Quand je la crois partie, elle revient de plus belle lorsque je m’y attends le moins. Alors, cette fois-ci, je ne la laisserai pas faire. Je ne la laisserai plus faire. Une dernière fois, je la regarde bien en face. Je plante mon regard dans le sien et sans aucun regret, saute le pas.

 

J’ai vécu, j’ai ressenti, et cette souffrance ne me tourmentera plus.

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1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 18:25

 

Magnétique Manon !

Murmure-moi, ma muse

Mes maux, mes mirages

Ma mémoire me malmène, m’enferme, m’asphyxie

 

Malicieuse Manon !

Malheur ! Mystère !

Mon monde m’échappe

Montre-moi mes mille et une mémoires

 

Mélancolie maladive

Monstrueuse morbidité

Machiavélique machination

Magnifique Manon !

 

Ménage-moi !

Mille morts m’attendent

Mais, ma main malade me maintient

Manon, ma maîtresse

 

Miséricorde mortelle

Macabre maladresse

Maintenant, mourir ! Mambo ! Mambo ! Mon meilleur millésime !

Magique Manon ! Mille mercis, ma mie !

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 15:29

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dormir profondément

Se réveiller

Chercher à se rendormir

Trouver une position confortable

Ne pas y parvenir

Ne pas penser au pire

Prier Dieu et tous ses Saints

Éloigner les pensées négatives

Se renfoncer dans le creux de son lit

Remonter le drap

Se mordre les lèvres

Étouffer un sanglot

Se faire le film de l’histoire dans sa tête

Ne pas y croire

Ne surtout pas paniquer

Se ressaisir

Essuyer les perles de sueur

Se dire qu’on va se rendormir

Ne pas y parvenir

Se convaincre que tout va bien se passer

Hurler sa douleur

Être pliée en deux

Sentir les larmes roulées

Se sentir si seule

Respirer doucement

Se calmer

Reprendre le contrôle

Maîtriser la situation

Se faire confiance

Ne pas perdre de vue l’objectif

Visualiser

Être consciente

Ne pas perdre pied

Poser un pied sur le sol, puis le deuxième

Souffler

Faire une pause

Oublier la douleur

Faire abstraction

Se protéger

Y croire

Se battre

Être une putain de guerrière

Se lever

Prendre un verre d’eau

Boire lentement

Sentir le liquide glisser

Marcher

Garder la tête froide

Pousser la porte

S’asseoir

Faire glisser les vêtements

Ouvrir le robinet

Rester positive

Ne pas s’évanouir

Se parler

Être bienveillante

Résister à la peur

Lutter

Rester debout

Sentir l’eau sur mes seins

L’accueillir sur mon ventre

La laisser s’écouler sur mes jambes et mes pieds

Souffler et respirer

S’accroupir

Se concentrer

Écarter les cuisses

Un cri ! Mon cri ?

Ma fille est là !

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9 octobre 2019 3 09 /10 /octobre /2019 18:49

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sept ans se sont écoulés et ma vie est dans une impasse. Jour après jour, un refrain ne cesse de tourner dans ma tête : « Tu as raté ta vie ! Ta vie est terminée ! ».

 

Aujourd’hui, face à mon miroir, je ne peux plus continuer à me mentir. Pourquoi et comment j’en suis arrivée là ?! Je me regarde. Etre honnête. Faire le bilan. Mon regard se dérobe à l’image qui m’est renvoyée. Je me force à soutenir le regard.

 

A presque 50 ans, je ne vois plus la petite fille que j’étais avec ses rêves et ses illusions. Toutes ces belles choses se sont envolées il y a bien longtemps. Une déchirure dans la nuit noire africaine, à plus de 4000 kilomètres de son pays d’origine.

 

J’avais 7 ans. J’étais encore une petite fille. Une enfant naïve. Mais, ce soir-là, un coup de tonnerre a retenti. Le cocon rassurant s’est dissout du jour au lendemain pour la petite fille que j’étais. Des cris, des pleurs, une dispute et plus rien ne fut comme avant. La peur et l’inquiétude m’ont traversée tandis qu’impuissante, je fixais le visage ravagé par la colère et la tristesse de ma maman.

 

Dès le lendemain, il a fallu traverser des mers et des océans. Un choc. Un traumatisme. Une vie en éclats. Comment recoller les morceaux et continuer à vivre sans un père, un papa ? Personne ne vous demande votre avis. Il faut avancer. La vie continue, paraît-il.

 

Ecorchée dans ma chair, je me suis réfugiée dans les jupons de ma maman, mon seul et unique repère. Mais, autant être sincère, cela n’a pas suffi. Je ne tenais plus que sur une jambe. Une vie bancale …

 

D’arabesques en entrechats, ces faux-semblants n’ont trompé personne, encore moins l’enfant, l’adolescente et la femme que je suis. Tôt ou tard, on tombe. Je me suis écroulée, effondrée. Oui, j’ai touché le fond. J’ai eu envie de mourir. Hurler ma douleur. L’arracher de mon corps et de mon âme. S’en débarrasser coûte que coûte quitte à me faire mal. Evacuer la blessure béante que la petite fille de 7 ans que j’avais été, n’avait jamais oubliée au plus profond de son âme.

 

Plus de 40 ans ont passé. Je me suis relevée cent fois, mille fois mais la douleur n’est jamais bien loin, tapie au creux de mon cœur. C’est comme une maladie qui vous colle à la peau. La cicatrice, à vif, ne s’estompe pas malgré les pieds de nez faits à cette foutue vie. Le sourire de mon unique fille me fait me dire que j’ai eu bien raison de m’accrocher.

 

Et puis, c’est la rechute, la énième. Je n’ai plus la force. Faire confiance, aimer et être aimée. Dans un dernier sursaut d’orgueil, je retire un à un les bigoudis de mes longs cheveux, j’attrape le flacon de cachets et les fais disparaître dans une grande rasade de vodka. Je regarde pour la dernière fois le portrait de ma fille chérie et j’appuie sur la touche de mon ordinateur. Internet fera le job et ma lettre sera mon dernier cri. Que Dieu me pardonne !

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15 février 2018 4 15 /02 /février /2018 12:30

Il n'avait pas le droit, Maëlys !

Tu n'es coupable de rien, Maëlys

Ton innocence bafouée nous brise le cœur, Maëlys

Rien ne sera plus pareil, Maëlys

Tu avais tant à vivre et à partager, Maëlys

Tu nous manques douloureusement, Maëlys

Nous aimerions tant nous réveiller de ce cauchemar et nous rendre compte que rien de tout cela n’est jamais arrivé, Maëlys

 

Maëlys, le monde entier pense tellement à toi et à la douleur de tes parents et de ta famille

Maëlys, l’indicible est impardonnable

Maëlys, mes tripes se tordent de douleur face à l'horreur de ce drame

Maëlys, nous avons tant voulu y croire jusqu’au bout

Maëlys, tu es devenue notre enfant à tous et c’est avec amour et compassion que nous pensons à jamais à toi

Maëlys, c’est un cri : plus jamais ça !

 

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30 décembre 2017 6 30 /12 /décembre /2017 09:39
Toi dont les rires nous manquent
Toi dont les câlins nous échappent
Toi qui ne demandais qu’à grandir et à vivre
Toi dont l’innocence a été bafouée
Toi que nous chérissons pour l’éternité
Nous évoquons ton souvenir avec émotion et gravité
C’est un cri d’amour et de douleur que nous te lançons
Puisses-tu les entendre, Maëlys !
Ton combat est le nôtre
Jamais nous ne t’abandonnerons
Et c’est avec force et espoir que nous continuerons à prier pour toi, Maëlys
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6 novembre 2017 1 06 /11 /novembre /2017 20:56

Encore une nuit … Une de plus à devoir supporter la houle mordante et dévastatrice qui nous ballotte comme de vulgaires balles de foin. Je regarde le ciel et lance des suppliques aux Dieux de la mer. Qu’ils cessent les affres qui m’enchaînent et me font perdre la tête !

 

En plus des flots qui déferlent sur nos misérables têtes, l’air exhale la poudre et c’est à peine si je peux encore respirer. Je tente de garder la bouche au-dessus du bastingage mais je n’ai qu’une peur, celle de me faire trouer la peau sous les feux ennemis. Le bruit est fou, assourdissant, dévastateur. Je me surprends à me pisser dessus. J’ai perdu toute dignité. Seule ma survie compte encore. Je me raccroche à l’espoir fou de revoir, une fois encore, avant de mourir, ma tendre Alvilda.

 

Voilà huit mois que nous sommes séparés. Un soir de Janvier, sous le coup d’une énième querelle, nous sommes partis chacun de notre côté. Alvilda est partie sur un navire scandinave tandis que j’embarquai sur le premier vaisseau anglais. Englués d’orgueil, nous ne souhaitions qu’une seule chose : mettre un maximum de miles entre nous.

 

Mais voilà, aujourd’hui tout a changé. Au crépuscule de ma vie, c’est à elle que je pense. Alvilda, ma bien-aimée. En une fraction de seconde, tout me revient en mémoire : la gourmandise de sa bouche, les coquelicots rouges sang qui perlent comme des rubis sur le bout de ses seins, la fièvre de nos ébats, le bonheur d’aimer, la douceur de sa peau, la chaleur de son haleine, les battements de son cœur, la soif inextinguible de ses baisers, … Ah, Alvilda ! Avons-nous été fous ?! Fous d’amour, fous de rage, fous d’orgueil pour fuir ainsi et se faire tant de mal !

 

Au cœur du bruit et des canons qui rougeoient dans la nuit noire, je pleure sur notre jeunesse perdue et sur notre bêtise aveugle qui nous ont entraînés vers ce funeste destin.

 

L’heure a sonné. Notre vaisseau est à feu et à sang. Je baigne dans la merde et le sang jusqu’où cou tout comme Edmond, notre cochon nain, mascotte de notre vaisseau que je vois agonisant langue pendante entre les lames du bateau. Les hommes du navire hurlent de terreur. La mort rode. Des membres arrachés flottent dans la mer. Ca hurle de partout, ça pue. Le bois de notre beau vaisseau craque sous le feu qui crépite. Tout se délite, ça va exploser !

 

Ma vie de pirate durant tous ces mois d’errance n’existe plus. Nos timbales aux ratas insipides, nos ventres creux, nos souliers troués par les rats grouillants, le conditionnement guerrier ancré en nous, tout cela n’a plus aucune importance. Je ne suis plus rien. La mort va me prendre comme la mer prendra notre beau et flamboyant vaisseau, fierté de la flotte anglaise. Il n’en reste plus rien. Seul réside jusqu’à la mort mon amour infini pour Alvilda.

 

Dans un ultime cri de lucidité et d’effroi, je sens mon corps ainsi que le navire se dérober sous les flots hurlants. Je ferme les yeux très fort. Le temps des regrets est révolu. Je dois accepter l’inacceptable. Je ne lutte plus. Mes jambes et mes bras se font de plus en plus légers. Je ne pèse plus rien. Je ne sens plus rien. C’est la fin. Je le sais. Je le sens. Mon cœur bat encore. Encore quelques secondes. Je la vois. Son regard doux … Son amour … C’est tout cela et bien plus encore que j’emporte avec moi au fond de l’océan. Un trésor, mon trésor … Alvilda.

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14 octobre 2016 5 14 /10 /octobre /2016 18:55

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rétif à l’idée de faire comme si tout allait pour le mieux, j’avais opté pour cet air conquérant que j’avais pris l’habitude d’afficher pour mieux masquer mes peurs ancestrales. Et pourtant, je n’avais jamais eu si peur de ma vie. Je repoussais de toutes mes forces les images qui affluaient. Je ne voulais penser à rien alors même qu’une foultitude de questions et de visages me submergeait. Je manquais d’air. J’allais claquer, dans cette salle froide et impersonnelle, c’était certain.

Prenant un morceau de chorizo que j’avais rapporté de la cafétéria où il y avait foule, je tentais de déboutonner le col de ma chemise. Dans une ultime tentative et essayant de me donner la contenance qui me faisait tant défaut, je cherchais à poser mon regard sur tout et n’importe quoi pour échapper à cette réalité. Tout sauf y réfléchir ! Un coup d’œil sur le plafond dont la peinture, indéniablement, semblait s’effriter, me permit de reprendre une bouffée d’air. Oui, décidément, tout fichait le camp. Etonnant comme la vie vous fait parfois des clins d’œil.

Et puis, tout d’un coup, des pas précipités. Elle rentre dans la salle avec sa blouse blanche et son grand sourire. Elle semble vouloir m’encourager. Aurait-elle compris ?

C’est maintenant que tout va se jouer. Il faut se mobiliser. Je dois répondre présent et être fort. Je ne peux plus reculer. Rien ne peut arrêter le processus. Ça va arriver !

À cet instant crucial, face à ma femme, prête à donner la vie à notre enfant, c’est alors que je me suis laissé tomber. Le cœur béant, libéré de cette boule qui me broyait le cœur, j’ai pleuré de joie. La délivrance ! Nulle feinte en moi, seul le sentiment de plénitude qui envahit tout ton être. Vivant ! je me suis senti vivant ! Pour la première fois de ma vie sans doute. Seule certitude : être destiné à ce jour, celui où notre fille est née. Son sourire en cœur m’a percé en plein dans le mille faisant voler en éclats mon indifférence. Voilà, j’étais vulnérable mais aujourd’hui, tout pouvait commencer.

En un seul regard, l’étau s’est desserré. J’ai aspiré tout ce bonheur. J’ai ouvert grand les yeux sur ce cadeau de la vie. Au même moment, un halo de soleil se reflétait dans le regard ému de ma femme. Notre vie a trois pouvait s’écrire ici et maintenant. Nous allions enfin pouvoir prendre notre envol face à ce bébé plein de promesses. La vie est faite de surprises, je le sais, à présent. 

Ce jour-là, n’étais-je pas le plus heureux des hommes lorsque l’employé de mairie est venu me tendre le formulaire d’acte de naissance ? Le plus fier des papas, c’était moi !

C’était bien la preuve, si besoin en était, que quelque chose ne tournait pas rond.

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 18:38
Marie

J’ai erré longuement dans la ville, sans prêter attention aux rues que j’empruntais, aux gens que je croisais, aux bruits, aux couleurs, il fallait encaisser, absorber, jamais de toute ma vie je ne m’étais sentie plus isolée ni plus insignifiante.

Délibérément, ils nous ont choisi pour cible. Paul, Elodie, Inès, Vincent, Lisa, John, Nadia, David et les autres ...

Je revois encore le visage de Marie. Il suffit d'un regard pour que nous nous surprenions à glousser sans aucune raison apparente. Le souvenir vertigineux de son rire profond et communicatif me donne la chair de poule. Je garde en mémoire la musicalité de ses éclats de joie comme lorsqu'elle prenait en main son violoncelle, ami de longue date qui berçait ses bonheurs et ses peines.

Marie, c'est la vie. Jamais de routine entre nous. Toujours partante, fourmillant d'idées et de projets, Marie jouit de la vie, simplement, éperdument. L'amitié qui nous lie depuis notre plus tendre enfance est le ciment de mon équilibre. Je peux tout lui dire à Marie. Marie, c'est mon amie. Marie, c'est ma soeur. Avec Marie, je suis moi-même. Nulle gêne ne vient ternir le bonheur d'être ensemble et de partager les petits plaisirs du quotidien. Entre nous, c'est évident. Facile. Fluide. Rare. Son amitié me rend plus forte.

Mais, ce soir, je suis anéantie. Sidérée par l'abomination, je réalise la portée du drame que nous avons vécu, ensemble. En un éclair, la vie a basculé. Ce plan bien huilé a eu raison de notre insouciance, de notre jeunesse et de notre liberté. Ils ont atteint sans nul doute leur cible humiliant et bafouant ce qu'il y a de plus précieux en nous. Oui, ils ont fait irruption dans nos vies comme un boulet de canon. Notre innocence a volé en éclat. Plus jamais, nous ne serons les mêmes.

Après des heures d'errance, je suis assise sur le canapé-lit du salon. Prostrée et abasourdie par le chaos des dernières heures, je ne me défais pas de l'ultime souvenir que je garde de Marie. Le regard de Marie. Les yeux de Marie, emplis d'effroi, me hantent. Ils me tourmenteront jusqu'à la fin des temps.

Seule face à l'indicible, la tête me tourne. J'ai envie de vomir. J'ai envie de mourir. J'ai envie de hurler. Et pourtant ... Pas une larme. Je suis sous le choc. Je n'y arrive pas. Mon coeur et mon âme semblent comme paralysés et glacés d'effroi.

Alors, c'est mutique et de façon quasi hystérique que je me saisis de mon soutien-gorge blanc souillé du sang de Marie. Frotter, lessiver et frotter encore le sang et la vie de Marie jusqu'à ce que le linge soit blanchi, pur de toute souillure. Et là, les larmes coulent, jaillissent sans que je ne puisse les retenir. Une digue s'est ouverte.

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