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Le Kenya dans tous ses états


Cette année, nous avons encore gagné à la loterie. Le Kenya est à l'honneur ! Et comme si ce n'était pas suffisant, les agences de voyage du monde entier sont en pleine surenchère. Ce sera à celui qui fera les promos de fin d'année les plus intéressantes. En attendant, c'est nous, animaux de la savane qui allons en faire les frais ! D'ici quelques semaines, fini la liberté et la quiétude de notre environnement et place aux touristes dégénérés, assoiffés d'exotisme à tout crin et d'aventures rocambolesques dont ils pourront se repaître dans leurs dîners mondains. Mais les pires seront les plus riches, les plus exigeants, les plus démoniaques à qui il faudra céder les moindres caprices et les plus vils desideratas. Et bien sûr, nous en ferons partie. Nous serons même en première ligne. Il faut dire que ces êtres civilisés adorent chasser et ajouter une nouvelle pièce à leur collection. Traquer le gibier, c'est chouette mais une peau de léopard apportée sur un plateau, c'est encore plus appréciable. Les honneurs sont là et leur vie de riche est sauve. Voilà pourquoi depuis quelques années, les safaris d'un autre genre sont si convoités par ce type de clientèle triée sur le volet.


Mais, un bruit au loin me fait hérisser le poil et m'invite à être sur le qui-vive. De mon museau, je flaire l'air chargé de fébrilité, je dresse l'oreille et entends résonner les funestes cors de chasse. La chasse est ouverte. La mort a retenti prématurément. Une balle de 33 longs rifles siffle à quelques millimètres de mes oreilles et me remet immédiatement les réalités bien au clair me confirmant que la faune africaine sera d'ici quelques instants à feu et à sang. Pas une minute à perdre, il faut décamper de là le plus vite possible et mettre un maximum de distance entre ces fous et moi.


J'affûte mes griffes le long d'un « Fiever tree », prêt à me défendre en cas d'attaque, arque mes muscles et bondit à l'assaut d'une survie incertaine. La mort est toute proche. Je peux la sentir en exhalant l'air ambiant. La savane n'est déjà plus la même. Les oiseaux et les singes de la région répercutent leurs cris stridents dans la jungle. Je peux y sentir tout l'effroi de ces vies en suspens. Je pense à tous ces frères et sœurs pistés et traqués dans les moindres recoins de notre flore et ne peux m'empêcher de penser avec frisson à tous ceux tombés sous les balles de ces touristes avides d'exotisme, de nouveauté et de cruauté. Tant et tant sont mort au nom de quoi ? D'un zeste de frisson. D'un parfum d'aventure. D'un grain de piment dans une vie trop fade. Sommes nous le prix à payer pour canaliser la folie humaine ? Non, je ne veux pas être l'un de ces trophées que l'on brandira devant une assemblée béate et inconsciente du fléau qui ronge le règne animal africain. Inutile d'espérer l'aide de quiconque dans ce monde sourd, je sais que je ne peux compter que sur mon courage et ma force. Je cours, je cours et je cours pour ne plus penser, pour ne pas mourir sous les balles de ces hommes venus dépenser quelques dollars pour épicer leurs vacances. Notre paradis terrestre, le paradis des amoureux de la vie sauvage est devenu un véritable parc d'attraction.


Je poursuis ma course folle alors que la meute est à mes trousses. Face à moi, sous l'œil du Dieu des montagnes africaines, le Kilimandjaro domine le Kenya, berceau de l'humanité tandis que la peur m'envahit. La majesté du mont me redonne un peu de ce courage que j'avais perdu. J'essaie d'occulter coûte que coûte les cadavres d'éléphants qui jonchent à présent la brousse. Ils ont épargnés les petits. Je les vois cherchant leurs mères, errant dans les plaines de la savane. Ils ne savent plus vers quel « sein » se tourner. Ils sont perdus. Moi aussi, je suis perdu. Je ne sais pas où mes pas me portent. Là seule chose qui compte : ne pas être face à leurs canons lorsque la détente retentira.


A l'ombre des baobabs, la fierté du Kenya « The Big Five » : lions, éléphants, buffles, rhinocéros et léopards ont détalé. Il ne reste rien. Pas âme qui vive. Tout est désert. Il ne reste plus qu'une odeur de sueur, d'urine et de peur. Elle flotte sur le territoire kenyan. Elle est âcre et persistante. Notre instinct nous guide vers des terres plus sereines où les hommes et la faune pourraient s'entendre. En attendant, il faut fuir. Survivre ici ou ailleurs.


Les aboiements de la meute se font plus intenses. Ils se rapprochent. Je perçois l'excitation des touristes. Je peux sentir la poudre des balles. Ne pas se retourner. Courir. Regarder au loin. L'horizon me tend ses bras. Encore quelques enjambées et j'aurai regagné les bords du lac. Revoir encore une fois le lac Turkana. Les flamants roses, hérons, ibis et marabouts ont déserté les rives. M'y voilà seul. Ma course est terminée. Je vais pouvoir me reposer.


Paris, le 10 Décembre 2008


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S
Je ne sais pas si l'animalité de lhumanité doit être canalisée parce que ce serait aussi se départir de l'homme ou de la femme sauvage qui est en nous et qui doit vivre. Mais, je crois qu'il est important de dénoncer, ça c'est sûr, parce que c'est la sauvegarde de notre planète qui est en jeu.On se met complètement dans la peau de cet animal. Les termes sont intelligemment choisis. Tu parles très bien de ce trafic. On te suit facilement. Une situation bien exposée.
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V
<br /> <br /> Merci, Sam. La réflexion que tu me livres donne envie d'explorer d'autres pistes. Gros bisous à toi, ma chère Sam.<br /> <br /> <br /> <br />
M
Je crois que nous ne referons pas le monde Vanessa !Il y aura toujours l'envie de tuer il y aura toujours des pétasses qui penseront qu'un manteau de fourrure leur permettront de rester jeunes pour faire tomber les hommes d'affaires....il y aura toujours la stupidité , le profit.........tant que l'humanité ne s'avouera pas animale........................Mimi
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V
<br /> <br /> Nous ne changerons peut-être pas le monde, mon Mimi<br /> mais ça vaut le coup d’essayer. Dire qu’il y a encore quelques dizaine d’années de cela, il était impensable qu’une femme vote.<br /> Dire qu’il y a quelque centaine d’années, l’esclavage existait. Le tout est que cette animalité de l’Humanité soit canalisée.<br /> <br /> <br /> <br />