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Afghanistan, mon amour


Dehors, l'orage grondait et je n'imaginais pas encore que la porte s'ouvrirait s'y violemment. Dix mois que j'attendais cet instant. Autant d'heures et de jours où seule dans ce grand lit trop froid, je pensais à cet ultime moment lorsque nos corps s'embraseraient. Les dernières heures furent intenables tant je m'impatientais à l'idée de sentir son corps contre le mien. Pas un seul jour ne s'est passé sans que je vive et revive cette minute chérie.


Depuis son départ, la vie s'était arrêtée. Son régiment l'avait appelé pour défendre nos troupes en Afghanistan. Le devoir avant tout. Il était parti un matin d'hiver. J'ai pleuré comme une enfant que l'on abandonne. Ça ne servait à rien. Je le savais. La vie d'un soldat est difficile mais celle d'une épouse l'est tout autant. Attendre. Ma vie s'est résumée à ça. Attendre. L'imaginer à des milliers de kilomètres au cœur du danger. Ne rien savoir et tout imaginer. Envisager le pire. Refuser cette idée. L'apprivoiser. Autant de sentiments diffus et contradictoires. Combien de temps allait-on me le prendre ? Le reverrai-je seulement en vie ? Pourrons-nous nous aimer encore ? Toutes ces questions et bien d'autres, je me les suis posées mille fois redoutant leurs réponses autant que je les attendais. Durant ces 10°mois d'attente, j'ai fait semblant. Semblant de rire. Semblant de m'intéresser aux autres. Semblant de vivre. Mais ma vie était partie en Afghanistan, dans ce pays dont je ne connaissais rien. Dans ce pays qui allait peut-être tout me prendre.


Alors, ce soir, lorsque je l'ai vu sur le seuil de la porte, imaginez l'émotion que j'ai ressentie. Mon amour était là. Il n'avait pas changé. Bien sûr, ses traits étaient fatigués. Oui, son visage était marqué de cicatrices. Il avait l'air d'un chien battu. Mais, son regard était toujours le même. Il y avait au fond de ses yeux cette même lueur gourmande lorsqu'il me regardait. Oui, c'était bien lui. L'Afghanistan m'avait rendue mon amour. Il est des jours et des lunes, des saisons et des années où la poussière efface l'entendement.


Paris, le 10 Décembre 2008


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M
Trés jolie cette pensée .......se mettre à la place en telle ou telle situation....comme un scénariste , un écrivain........analyser les sentiments qui structurent la complexité d'un coeur .....et l'on pourrait pousser la vision de l'autre côté :Voir la femme du pays en guerre , attendre et espérer voir partir les "guerriers" porteurs de paix , et à travers la poussière ocre et arride redécouvrir son compagnon encore vivant..................!                         amitiés........Mimi
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V
<br /> <br /> Merci Mimi pour tes mots qui sont magnifiquement exprimés et<br /> toujours très encourageants. J’aime le regard que tu portes sur ce texte qui me<br /> tient vraiment très à cœur.<br /> <br /> <br /> <br />