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En route !

Le départ approchait. J’étais toute excitée. Les vacances tant attendues allaient devenir réalité d’ici quelques jours. Mais, c’était sans compter sur la lâcheté de mon petit ami. Cet imbécile m’avait lamentablement plantée trois jours avant le départ. Quelle déconfiture ! Laissant ma rage de coté, j’avais dû réorganiser mes vacances d’été à toute bringue zingue. Je fulminais, vous ne pouvez pas vous imaginer ! Me faire ça ! À moi ! Oser me saborder mes précieuses vacances ! Quel mufle ! Je peux vous dire que je l’ai envoyé valser illico presto. Ca n’avait pas tardé. Ca, je vous le dis ! Restait à l’oublier et à profiter de mon imminent voyage. 

 

Après avoir écumé les agences, j’avais réussi à dégoter un circuit dans le Sud de la France. Je n’étais pas une adepte des voyages organisés mais l’idée de suivre les traces de Grace Kelly, de Monaco jusqu’à Monte-Carlo, en passant par Menton, me séduisait amplement. La magie pouvait commencer. J’étais prête à me lancer dans les vertiges de cette nouvelle aventure. 

 

L’aventure débuta sur ce parking. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir à bord de l’autocar, tout un groupe de japonais ! Ils étaient surexcités, parlant un langage tout à fait incompréhensible pour des oreilles aussi inexpérimentées que les miennes. Inquiète quant au futur déroulement de mon séjour, je tentai de saisir à la volée quelques bribes d’un langage plus familier. Un coup d’œil au fond du car et l’apparition d’un groupe de jeunes filles marseillaises, suffirent à me rassurer. Elles riaient à gorge déployée, créant un brouhaha du tonnerre. Le voyage risquait d’être mouvementé. J’avais le sentiment de partir en colonie de vacances avec mes petits camarades. Sauf que vingt années s’étaient écoulées et que j’avais envie de profiter du bleu de la mer et de son panorama en toute tranquillité. Je m’installai donc plus confortablement dans mon fauteuil, bien décidée à savourer ce séjour. A peine installée, je sentis une douce torpeur s’emparer de moi. Tant d’énervement et d’excitation avaient eu raison de mes dernières forces. C’est ainsi que le sommeil m’emporta tout doucement. 

 

Au sortir de la pizzeria, tout me paraissait curieusement étrange. Un merveilleux jardin exotique faisait place à un somptueux palais sorti de nulle part. Une apothéose de couleurs et de senteurs s’affichait sous mes yeux ébahis. Passiflores, amaryllis belladonna, crocosmias orange, grenadiers, athanasias, se mêlaient aux cactus et autres fuchsias, griffes de sorcières, lauriers roses et nemesias. Toutes ces merveilles de la nature étaient là pour moi et venaient me chatouiller les narines. J’avançai timidement parmi ce dédale de parterres. Très vite, j’arrivai au pied de la garde princière qui s’effaça instantanément sur mon passage. Je pénétrai dans l’enceinte. Une grotte s’offrait à mes yeux. Je m’y engouffrai prudemment. Au centre de la pièce, une table y était dressée. Y attendait-on des convives ? Je regardai autour de moi. Aucune âme qui vive. Je m’avançai vers la multitude de plats. Un festin s’étalait scandaleusement devant mon estomac affamé. Andouillettes de Troyes gratinées au Chaource, canettes à l’orange, cervelles de bœuf aux asperges, carpes koï, croustillants de canard aux pommes, cuisses de poulet au miel, filets mignon de porc en croûte, ne demandaient qu’à être goulûment savourés. Mes yeux exorbités n’en pouvaient plus. Une telle profusion, vous pensez … Je ne savais plus où donner de la tête. Il fallait que je mange. Que je mange à tout prix. J’en salivais d’avance. D’une seconde à l’autre, la petite jeune femme sage que j’étais, allait se transformer en monstrueuse ogresse. J’allais m’en faire péter la panse ! Les délicieuses odeurs ne cessaient de me taquiner les naseaux. Dieu que ça allait être bon ! 

 

Une indescriptible et pestilentielle odeur s’infiltrait malicieusement dans mes orifices. D’un sursaut, j’ouvris les quinquets. Yeux tirés, air hébété, j’avais grand peine à reprendre mes esprits. Un tour de tête sur ma droite me tira définitivement de mes douces rêveries. Un de mes compagnons japonais dégustait une inef fab le soupe. Il souriait bêtement et avait l’air de se régaler. Je m’efforçai de lui rendre son sourire. Je me retournai. Une idée fixe s’imposait à moi : me rendormir le plus rapidement possible et jouir de ces fameuses agapes.

Paris, le 4 Novembre 2005

 

 

 

 

 

 

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