Le 11 Décembre 2000. Aujourd'hui encore, je me souviens ... Je posais les pieds sur la terre de
Castrie. C'était la première fois ...
Le tarmac était chaud. Il me brûlait les pieds. Mais, qu'importe. J'étais là. Après cinq années de
séparation, d'absence et de déchirement, j'allais revoir mon père. J'allais enfin pouvoir le serrer dans mes bras. Sentir son odeur. Entendre le son de sa voix. Toucher du doigt la sensation
d'être une petite fille. Rien qu'une toute petite fille. Pour quelques mois. Quelques mois à vivre auprès de lui, dans sa maison, à Castries. Un trésor m'était offert ...
Il faut dire que depuis cette soirée fatidique où ma mère et moi avions dû partir en catastrophe
d'Abidjan après une énième dispute entre mes parents, je n'avais cessé de prier et d'espérer pour que ce jour arrive. Il n'en demeure pas moins que par la suite, plus rien n'avait été comme
avant.
Mais, une vie plus tard, Dieu avait exaucé mes prières et aujourd'hui, l'occasion m'était donnée de
rattraper le temps perdu. Toutes ces années où nous n'avions pu partager une séance de cinéma et apprécier un film de Pedro Almodovar. Toutes ces années où nous n'avions pu prendre un
petit-déjeuner ensemble. Toutes ces années où nous n'avions pu arpenter les échoppes des librairies en nous remémorant nos souvenirs de lecteurs. Toutes ces foutues années où nous étions à des
milliers de kilomètres l'un de l'autre.
Mais aujourd'hui, l'histoire serait toute autre ... D'ailleurs, le voilà qui approche. Il est tel que
dans ma mémoire. En un clin d'œil, ces nuits de cauchemar à pleurer s'effacent en apercevant son sourire. C'est mon père. Je suis émue aux larmes tant ces retrouvailles me semblaient
inimaginables il y a encore quelques semaines. Pétris d'émotions, nous avançons l'un vers l'autre. Il ne reste plus que quelques pas. Mon père me tend ses bras dans lesquels je m'empresse de
fondre. La chaleur de son corps me réchauffe le cœur. Je savoure cet instant précieux et m'agrippe à lui de peur qu'il ne me lâche. Nous nous étions tant manqués ...
Dès mes premiers pas, je me sens comme chez moi. Je retrouve les odeurs et la moiteur du climat
africain que j'avais connu étant petite. L'ambiance colorée et fraternelle est telle que dans mes souvenirs. Mon père me fait signe de le suivre jusqu'à sa voiture et nous emmène jusqu'à une
délicieuse marina où nous nous arrêtons pour déguster un copieux petit-déjeuner. Submergée par le plaisir de ces retrouvailles, je commande une généreuse assiette de haricots blancs, accompagnés
de leurs saucisses et de ses œufs au plat sans oublier ses divers petits pains et confitures que je pourrais tremper allégrement dans ma tasse de thé. Un vrai petit-déjeuner anglais pour renouer
le contact !
Ravis par ce petit-déjeuner prometteur, nous nous regardons au fond des yeux. Un franc sourire
souligne nos lèvres réjouies. Le fil du temps peut désormais se poursuivre, nous sommes ensemble et pour longtemps ...
Paris, le 28 Mai 2009
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