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Mahala et Sahale

El Pacifico

La fête battait son plein. Quelques coupes de champagne renversées sur la moquette du salon donnaient à l’ensemble de la pièce un air mélancolique. Des paillettes rouge et or recouvraient ces cadavres oubliés. Un peu plus loin, sur les tables alentours, l’abondance des mets me donnait le vertige. A moins que ce ne soit l’effet de l’alcool … Pourtant, je m’étais promis de rester sage. En venant chez Mahala et Sahale, je n’avais nullement l’intention de m’enivrer mais le succès de Mahala et la joie de partager son bonheur m’avaient tourné la tête, rosi les joues et grisé au-delà du raisonnable.

 

Mahala venait de clore l’année en beauté grâce à la publication de son quatrième roman en lice pour devenir le prochain Prix international Alfonso Reyes. Cette année-là, mon amie avait glané tous les succès possible. Avec son ventre arrondi, elle rayonnait de beauté et de sérénité. Son sourire enchanteur ne pouvait que conquérir l’enthousiasme de son entourage.

 

Au côté de Sahale, elle avait mille et un projets en tête et notamment celui de concrétiser, d’ici quelques mois, son amour avec l’homme de sa vie. Le mariage devait avoir lieu au mois de Juillet. Ils avaient prévu un grand banquet suivi d’un bal à Villahermosa autour duquel devaient se réunir famille et amis. A en croire les rumeurs, les témoins seraient nombreux à assister au couronnement de leur amour enraciné depuis maintenant cinq belles années.

 

Mahala et Sahale s’étaient connus à l’université. Mahala avait préparé des études littéraires tandis que Sahale avait poursuivi des études d’arts appliqués. Bien qu’ils n’aient pas suivi le même cursus, ils n’avaient pas manqué de se regarder à la dérobée au détour des allées et des couloirs de l’immense Université nationale autonome du Mexique. Le charme avait opéré immédiatement mais leurs timidités avaient eu raison de leur attraction. C’est ainsi qu’ils étaient passés à côté l’un de l’autre.

 

Ils firent leur chemin l’un sans l’autre, réussissant brillamment leurs études, accrochant des situations prometteuses et vivant des histoires d’amour sans lendemain. Dix ans plus tard, je fus la pièce maîtresse de leurs retrouvailles.

 

Amie de Sahale depuis ma plus tendre enfance, j’avais suivi le parcours de ce garçon d’exception avec envie et curiosité. Impressionnant de charme et d’intelligence, il savait captiver mon attention comme personne. Nos chemins demeuraient parallèles et notre amitié fidèle.

 

Quant à Mahala, je l’avais connu bien plus tard, à l’occasion d’une séance de dédicace. J’avais été séduite par le charme naturel qui émanait de cette femme simple et accessible. Dès les premières paroles échangées, elle m’avait été intime. Je la revis à plusieurs autres occasions, lors de ses déplacements dans le pays. J’aimais le Mexique dont elle nous parlait. L’abord de son art, tout en professionnalisme et discrétion forçait le respect et l’admiration. Mahala était un véritable écrivain. Il n’y avait aucun doute là-dessus.

 

Au fil de nos rencontres, bien qu’un lien s’était tissé entre nous, je la sentais réticente à l’idée de passer de l’autre côté du miroir. Un jour pourtant, elle m’accorda son amitié. A la suite d’une grève des transports, Mahala ne put prendre le Chihuahua El Pacifico qui devait la mener à Los Mochis pour une tournée de promotion et une nouvelle série de dédicaces de son dernier roman « Los rosas de México ». Je l’accueillais sous mon toit le temps qu’elle puisse repartir. De ce jour-là est née une amitié précieuse et chère à mon cœur.

 

Secrète et pudique, Mahala baissait difficilement la garde. Lorsqu’elle vous donnait sa confiance, le goût n’en était que plus fort. D’un œil discret, je la couvais du regard, attentive aux circonvolutions de ses inflexions caractérielles. J’avais à cœur de ne pas la brusquer. A pas de velours, nous construisions une relation basée sur le respect l’une de l’autre. Je voulais tant qu’elle vienne sur mon territoire et qu’elle s’y sente chez elle. Je crois que j’aurais fait n’importe quoi pour elle. Telle une dresseuse de fauves, je voulais l’approcher au plus près et l’apprivoiser pour toujours.

 

Le hasard voulut que nous croisions Sahale à la sortie de la Barraca Orraca, troquet où l’on mange les meilleures chilaquiles du pays. Je ne pus faire autrement que de faire les présentations. Je vis Mahala, d’ordinaire si réservée, faire une proposition inattendue à Sahale, celle de terminer la soirée ensemble. Trop ravi de cette offre, Sahale s’empressa d’accepter et nous entraîna au Nonsolo, réputé pour ses cocktails alcoolisés. Après avoir vidé quelques cucarachas, nous étions cuits et bien gais. Nonsolo fut le décor des amours naissantes entre ma précieuse, Mahala et mon meilleur ami, Sahale. Plus rien ne fut pareil après cette nuit. Un tournant décisif venait de frapper nos destins.

 

Les jours et les semaines suivantes, ils n’eurent plus besoin de moi pour se réunir, se connaître et s’apprivoiser pour toujours.

 

Dix ans plus tard, j’étais invitée à célébrer la nouvelle année chez eux. Mahala et Sahale s’aimaient et de leur amour allait naître un enfant. A l’aube de cette nouvelle année, l’avenir leur tendait les bras. Dès les premières secondes, j’avais été témoin de leur amour et bien que mon bonheur de les voir s’épanouir fut grand un pincement me titillait le cœur. A l’ombre des regards, j’assistais impuissante à la force de leur amour. Qui étais-je pour perturber le cours de leur histoire ? N’était-il pas mes meilleurs amis ?

 

D’ici quelques secondes, les douze coups de minuit retentiraient. Huit, sept, six, cinq, quatre, trois, deux, un, zéro ! Ce soir, il me fallait accepter le cours de nos destinées.

 

Des cotillons plein les cheveux, Mahala est plus belle que jamais. Le sourire aux lèvres, elle s’avance vers moi et m’offre ses bras dans lesquels je me réfugie. Elle sent le houx. Je m’enivre de son parfum et la serre sur mon cœur. Sahale nous rejoint. Je me dégage de l’étreinte de mon amie et tends une main vers Sahale. Surpris, il jette un coup d’œil à Mahala et me suit. Je l’attire sous le gui du hall d’entrée de l’appartement. Fébrile, je prends dans mes mains les siennes. Je le regarde droit dans les yeux. La tête me tourne. Mes yeux brillent d’un éclat couleur de feu. Il semble hypnotisé ou bien est-il ailleurs. Mon souffle se fait court. Je ne pense plus rien. Je ferme les yeux. Je me rapproche de lui. Sur la pointe des pieds, je me tends vers lui. Je pose mes lèvres sur les siennes et y dépose un baiser. Je le retiens et fais un vœu.

 

Paris, le 21 Avril 2010

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Commenter cet article
M
<br /> <br /> Ecrite de la sorte , cette histoire d'amour-amitié , laisse sous-entendre une dualité de coeur  ! ! ! ! !<br /> <br /> <br /> Qui aimait-elle vraiment notre narratrice ?..................bises...........Mimi<br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> Dualité quand tu nous tiens ! Oui, l'ambiguïté n'est pas un hasard bien évidemment ...<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> <br /> J'ai bien aimé ce texte, à part cette briseuse de ménage !<br /> <br /> <br /> " Au fil de nos rencontres, bien qu'un lien se fût tissé entre nous.... "<br /> <br /> <br /> Bisous<br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> Je comprends, Sam ;-)<br /> <br /> <br /> <br />
S
<br /> <br /> Qui est ce Vincent quis'est glissé dans le 4ème paragraphe ?<br /> <br /> <br /> <br />
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V
<br /> <br /> Merci de m'avoir signalé cet intrus ! Bisous à toi, Sam.<br /> <br /> <br /> <br />