Par Vanessa

Les yeux dans le vague, je suis face à toi. Je t’offre mon visage et sonde l’horizon. Je me sens nue. Si fragile. Le temps a passé. Je ne suis plus la même. Je t’embrasse du regard. Tu te déchaînes. Tu bouillonnes. Tu jaillis du plus profond de la terre, éclabousses mes pensées baignées de larmes. La colère te ronge comme elle a dévoré mes entrailles durant ces longues années. Je me souviens de toi. Je me souviens de nous. J’ai l’impression que c’était hier … Tout me paraît encore si réel … si concret. Difficile à croire … Je t’ai connue si douce, … si calme jusqu’à ce que tout nous sépare. Oui, je sais. Ca fait longtemps. Et pourtant … Il m’a fallu du temps, tu sais. Revenir vers toi. Je n’ai pas pu. Je n’ai pas eu la force. Non, je ne pouvais pas te rejoindre. Pas sans lui. Pas après tout ce qui s’était passé. La douleur … Trop vive. Tu devrais le comprendre. Toi qui nous as appris à nous aimer. La mer, c’était tout pour lui. Tu le sais ça ! Alors, ne m’en veux pas. Je t’en prie. Calme-toi. Pardonne-moi. Je suis là maintenant. Prête à t’aimer … comme autrefois. Tu sais, j’ai cru ne jamais te revoir. Te regarder dans les yeux. Sentir tes embruns sur mon visage. Je ne ressentais plus rien. Rien. Enfin pas exactement. Me souvenir était devenu insoutenable. J’aurai voulu broyer ma mémoire. Effacer le disque dur. J’aurai voulu m’arracher les yeux. Ne plus souffrir. Il fallait que ça s’arrête ! Que ça s’arrête. Te maudire. T’oublier. Je n’en pouvais plus. Je voulais ta perte. Te savoir si vivante. Tout près de moi. C’était invivable ! Une torture ! Il fallait que tu meures ! Tu m’entends ? C’était toi ou moi !
Et puis, un matin, je me suis attardée aux abords de la plage de Ploumanach. Mes pas m’y avaient conduite malgré moi. J’avais du mal à respirer. Malgré le froid ambiant, de grosses gouttes de sueur perlaient sur mon front. Je frissonnais de la tête aux pieds. J’avais les jambes coupées. Il fallait que je m’asseye. Tout semblait se dérober sous mes pieds. Et puis, je t’ai vue au loin … Je me suis raccrochée à toi comme à une bouée. J’ai plongé dans mes souvenirs. Et j’en ai retiré tous ces moments privilégiés que j’avais vécus avec Patrick, ici même. C’était bon de se sentir heureuse. Bon de te retrouver et de se sentir vivante.
Les blessures du passé sont aujourd’hui moins vives. Ma gorge s’est dénouée. Je n’ai plus envie de hurler mes douleurs. Fini le temps où je rôdais près de toi sans jamais t’approcher. Finies les nausées lorsque l’air iodé violait mes narines. Fini ce dégoût du sel se collant à ma peau. Fini ce zombi que j’étais devenue. Aujourd’hui, je ne me défile plus sous l’eau claire et pure de ma douche glacée. Les dernières plaies sont autant de traces pour ne jamais oublier. Ni toi, ni lui. Je ne pleure plus et viens vers toi reconnaissante de la vie qui s’ouvre en moi.
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