Par Vanessa
C’est le jour de Noël et malgré les nombreux embouteillages habituels sur le périphérique plus bruyant et pollué que jamais, pas question de rater ces retrouvailles qui me tiennent tant à cœur.
Arrivée à 17 heures devant les portes du cimetière de Colombes, je m’aperçois avec horreur que les portes sont closes.
Je me presse devant des grilles et me rends compte aussitôt de mon erreur : passés aux horaires d’hiver, la fermeture a été avancée d’une heure. Heure fatale, je le pressens.
Affolée, je m’agite, fais les cent pas cherchant le gardien de ces lieux. Ce dernier me repère et me fait signe d’entrer. Passe-droit de Noël, il m’accorde la grâce d’un instant volé à ce tourbillon de la vie qui ne vous attend plus.
Folle de joie et de reconnaissance, je le remercie chaleureusement et me dépêche de cueillir un bouquet de fleurs chez le fleuriste du coin avant de pénétrer dans ce nouveau temple.
Précipitant mes pas dans les allées, je remarque quelques retardataires. Je les vois terminer leurs offrandes et repartir vers d’autres festivités.
Pour ma part, je ne pense qu’à cette tombe située au fin fond du cimetière. En cette fin de journée hivernale, elle me semble plus lointaine que jamais. Soucieuse de ne point expédier cet instant précieux, je hâte le pas. Fiévreuse d’impatience, je sens les secondes s’égrener les unes après les autres. Quelques secondes encore et j’atteindrai l’ultime repos.
Le souffle court, je l’aperçois. Plus que quelques pas et j’y serai. Tremblante d’émotion, je m’avance et exécute les derniers pas qui me séparent d’elle.
En un coup d’œil, je note que rien n’a changé depuis ma dernière venue. Les fleurs jonchant le parterre de la tombe sont intactes. La composition de jacinthes roses et bleues s’est joliment épanouie. Tandis que les deux bougies rouges situées à l’extrémité veillent sur le repos de son âme.
Décorsetées de leur emballage, je dépose délicatement les roses claires dans le vase vide. Avant l’ultime retraite, je nettoie religieusement chaque recoin, baignant d’eau fraîche sa tombe.
Le rituel de purification terminé, je fais un pas en arrière et m’accroupis à sa hauteur. J’incline la tête. Je joins mes mains en signe de prière. Et ferme les yeux. Je vois son visage. Il me sourit. Sa douceur infinie m’étreint le cœur. Elle est là. Si présente. Si vivante. Et si absente ... Son sourire charmant brise mes derniers verrous. Le manque est terrible. J’essaie de me ressaisir. Je veux lui parler. Lui dire combien je l’aime. Lui dire tout ce que je n’ai pas pu. Tout ce que je n’ai pas eu le temps … Je veux rester avec elle. Je veux qu’elle me voie. Qu’elle soit fière de moi. Je lui parle de moi, de ma vie. De ce que j’accomplis. De tout ce qu’elle m’a donné. Je l’implore de ne jamais cesser ces visites nocturnes dont j’ai tant besoin. Je lui dis à bientôt. Que je sais que nous nous reverrons. Que le temps ne sera plus un obstacle pour nous.
Pour l’heure, je sais qu’il faut que je m’arrache à sa tombe. D’un revers de la main, j’essuie mes joues baignées de larme et me relève péniblement. Je sais que le gardien m’attend. En cette fin de journée, une famille se languit de son absence. Il ne manque plus que lui pour partager le repas de Noël.
Le pas lourd, je lui tourne rapidement le dos. Je sais que je reviendrai bientôt … Je parcours les allées vides et arrive à la loge du gardien. Fermée. Je tourne la poignée. Elle ne cède pas. Je tambourine. Pas de réponse. Je colle l’oreille à la porte. Pas un bruit. Inutile d’insister, je suis seule. Seule dans ce cimetière.
Ce soir, en cette belle veillée de Noël, je m’en suis retournée m’étendre sur la tombe de ma grand-mère.
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