Par Vanessa

Conviée à la fête des « Catherinettes », j’ai longuement hésité avant d’accepter l’invitation. Depuis plusieurs semaines déjà, mon moral était en berne. Je me sentais moche et peu en forme. Je n’étais pas d’humeur à m’encanailler. Après moult supplications et tergiversations, mon entourage inquiet, réussit à me convaincre. C’était décidé, ce soir j’allais m’éclater !
Histoire de conjurer le sort, j’avais décidé de mettre tous les atouts de mon côté afin de passer une bonne soirée et pourquoi pas d’attirer la convoitise d’un charmant célibataire.
Ne mégotant sur aucun détail, j’avais revêtu ma petite robe noire à fourreau qui, je le sais, ne manque pas de faire son petit effet. Optant pour la carte « sobre, chic mais efficace », je n’avais cependant pas oublié de la rehausser d’un collier de perles fines. Mes souliers noirs à talon parachevaient le tableau. Avec ce costume, si je ne me sentais pas l’âme d’une séductrice en puissance, alors …
C’est ainsi que j’ai débarqué dans cette taverne où les réjouissances allaient bon train et la musique battait son plein.
Pas le temps de chercher de l’œil des connaissances ou de me demander vers qui me diriger, des mains m’ont aussitôt agrippée m’attirant vers leur joyeuse équipée. En une fraction de seconde, je faisais corps avec ces gais lurons. Quelle tablée !
Un véritable festin s’y découpait devant mes yeux hébétés. Jamais, je n’avais vu une telle débauche de chères. Une quantité gargantuesque de mets s’entassaient dans les assiettes de mes voisins.
Tout heureux de se retrouver et de festoyer, ils s’interpellaient d’une table à l’autre. Un vrai capharnaüm ! On ne s’entendait plus. Je me sentais prise dans un étau. Ils riaient et ils chantaient. Et plus, ils riaient et chantaient, plus je me sentais ballottée dans un sens puis dans un autre. J’ai bien cru qu’ils allaient m’entraîner dans leur effroyable farandole. La tête me tournait. Essayant de ne pas trop détonner dans ce paysage surréaliste, je m’efforçais de sourire, lançant quelques gloussements complices à chacun de mes voisins. Mais, où que mes yeux se posent, je voyais et revoyais toute cette nourriture en abondance, s’étalant à n’en plus finir. Cadavres de bouteilles, os de poulet, carcasses de volailles jonchaient tables et sols. Et sans répit, de nouvelles cuvées, de nouveaux plateaux arrivaient, prêts à être absorbés et engloutis en un rien de temps. Je n’avais pas avalé un morceau mais déjà des nausées me submergeaient. Cherchant une nouvelle respiration, je tentais de me dégager de toute cette masse mais ces remugles ne cessaient de m’envahir par vagues successives. Ankylosée, je n’arrivais pas à me lever. Je me voyais déjà tournée de l’œil, prête à m’écrouler la tête la première dans le potage de mon compagnon de beuverie.
Rassemblant mes dernières forces, je me suis redressée et j’ai gueulé : « Mais, c’est quoi cette putain de soirée ? Bandes de têtards, il est où mon prince charmant ? Il serait tant qu’il se magne le train et qu’il me sauve de ce cauchemar ! ».
A peine avais-je prononcé ces funestes paroles que le silence se fit. J’ai senti tous les regards se braquaient sur moi et j’y ai lu toute l’horreur, l’indignation et l’incompréhension de mes acolytes. Mortifiée, un grand vide s’est emparé de moi. Je n’avais qu’une idée en tête : disparaître à tout jamais.
Aujourd’hui encore, je voudrais être invisible.
Paris, le 7 Octobre 2005
Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog