Par Vanessa

Ménage fait, appartement rangé, il est temps de courir vers mon bel amant. Une dernière petite chose, vider les poubelles, et le tour sera joué ! Après 3 jours de retraite dans mon ancien appartement, j’ai hâte de retrouver les joies d’une vie de couple.
Mon départ est imminent. Plus que quelques heures et je retrouverai la chaleur de notre tendre foyer.
Poubelles à la main, je sors de mon appartement et repousse la porte derrière moi. Nul besoin de prendre mon trousseau de clés. Un aller-retour et d’ici quelques minutes je prendrai le bus jusqu’à ma nouvelle demeure. Je descends les marches et me dirige vers la courette prévue à l’effet de nos décharges. Sourire aux lèvres, je me déleste de mes détritus et m’en retourne faire le trajet arrière.
Je pile net. Je suis face à la porte d’entrée. Impossible de la franchir. Je fixe d’un regard affolé cette odieuse porte et comprends indubitablement mon erreur. Ma gorge se serre. Mon pouls s’accélère. Mon estomac se contracte. Mon visage est livide. Je déglutis fébrilement. Je suis derrière cette porte, à quelques enjambées de mon appartement et me voici étrangère au seuil de ma demeure. Je peste contre moi-même. Quelle imbécile ! C’est incroyable ! Quelle étourdie ! Je me tourne vers le digicode. Le code a changé dernièrement et je n’ai pas encore eu le temps de le mémoriser. J’essaye dans une ultime tentative désespérée de composer au hasard une série de chiffres. Je pianote. J’écoute. Rien. Aucun déclic. Mon désarroi est à son paroxysme. Je sens que je commence à perdre les pédales. Je m’imagine déjà passer la journée derrière cette porte. Je regarde tout autour de moi. Personne. Nulle âme qui vive. Je me sens tellement ridicule. Partie les mains vides, je suis démunie. Pas même un téléphone pour implorer de l’aide. Je sens que la situation m’échappe. Je dois garder mon calme.
Je reviens à la charge vers ce fameux digicode. Je tapote rageusement. Toujours rien. Je le maudis ! Je m’agrippe à la poignée de la porte, la secoue violemment. Sans effet. Je sens que je vais y passer la journée. Je sens monter les larmes et les sanglots au fond de ma gorge. Je les ravale et serre un peu plus les poings.
Je fais le tour de l’arrière-cour, dans l’espoir de croiser un voisin, … mon sauveur. Je relève les yeux et aperçois une fenêtre grande ouverte. La chance me tend les bras. Je m’approche le plus près possible de l’ouverture. Il ne me reste plus qu’une seule solution : lancer mon SOS. Je jette quelques coups d’œil du côté rue et m’assure que personne ne me regarde. Je me sens rouge de honte. Timidement, je me hisse sur la pointe des pieds et interpelle mon voisin : « Y’a quelqu’un ? Je suis votre voisine. J’ai oublié mes clés. Je suis à la porte. » Je guette fiévreusement. Rien ne se passe. Rien ne semble bouger. Je réitère plus fortement mon appel. J’attends. Le temps joue contre moi. Personne ne viendra me secourir. Je suis seule. Mon cri est resté sans écho. Désemparée, je tente malgré tout de garder la tête froide. J’analyse rapidement la situation. Mes chances semblent s’amenuiser de minutes en minutes. Et pourtant … N’est-ce pas un bruit que j’entends ? Je me retourne vers la fenêtre. Je relève les yeux. Un visage familier se penche. Je relâche ma respiration. L’étau se desserre enfin. Je lui explique brièvement la situation. Plus que quelques minutes et je serai libre …
Paris, le 24 Octobre 2005
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