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La déchirure

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sept ans se sont écoulés et ma vie est dans une impasse. Jour après jour, un refrain ne cesse de tourner dans ma tête : « Tu as raté ta vie ! Ta vie est terminée ! ».

 

Aujourd’hui, face à mon miroir, je ne peux plus continuer à me mentir. Pourquoi et comment j’en suis arrivée là ?! Je me regarde. Etre honnête. Faire le bilan. Mon regard se dérobe à l’image qui m’est renvoyée. Je me force à soutenir le regard.

 

A presque 50 ans, je ne vois plus la petite fille que j’étais avec ses rêves et ses illusions. Toutes ces belles choses se sont envolées il y a bien longtemps. Une déchirure dans la nuit noire africaine, à plus de 4000 kilomètres de son pays d’origine.

 

J’avais 7 ans. J’étais encore une petite fille. Une enfant naïve. Mais, ce soir-là, un coup de tonnerre a retenti. Le cocon rassurant s’est dissout du jour au lendemain pour la petite fille que j’étais. Des cris, des pleurs, une dispute et plus rien ne fut comme avant. La peur et l’inquiétude m’ont traversée tandis qu’impuissante, je fixais le visage ravagé par la colère et la tristesse de ma maman.

 

Dès le lendemain, il a fallu traverser des mers et des océans. Un choc. Un traumatisme. Une vie en éclats. Comment recoller les morceaux et continuer à vivre sans un père, un papa ? Personne ne vous demande votre avis. Il faut avancer. La vie continue, paraît-il.

 

Ecorchée dans ma chair, je me suis réfugiée dans les jupons de ma maman, mon seul et unique repère. Mais, autant être sincère, cela n’a pas suffi. Je ne tenais plus que sur une jambe. Une vie bancale …

 

D’arabesques en entrechats, ces faux-semblants n’ont trompé personne, encore moins l’enfant, l’adolescente et la femme que je suis. Tôt ou tard, on tombe. Je me suis écroulée, effondrée. Oui, j’ai touché le fond. J’ai eu envie de mourir. Hurler ma douleur. L’arracher de mon corps et de mon âme. S’en débarrasser coûte que coûte quitte à me faire mal. Evacuer la blessure béante que la petite fille de 7 ans que j’avais été, n’avait jamais oubliée au plus profond de son âme.

 

Plus de 40 ans ont passé. Je me suis relevée cent fois, mille fois mais la douleur n’est jamais bien loin, tapie au creux de mon cœur. C’est comme une maladie qui vous colle à la peau. La cicatrice, à vif, ne s’estompe pas malgré les pieds de nez faits à cette foutue vie. Le sourire de mon unique fille me fait me dire que j’ai eu bien raison de m’accrocher.

 

Et puis, c’est la rechute, la énième. Je n’ai plus la force. Faire confiance, aimer et être aimée. Dans un dernier sursaut d’orgueil, je retire un à un les bigoudis de mes longs cheveux, j’attrape le flacon de cachets et les fais disparaître dans une grande rasade de vodka. Je regarde pour la dernière fois le portrait de ma fille chérie et j’appuie sur la touche de mon ordinateur. Internet fera le job et ma lettre sera mon dernier cri. Que Dieu me pardonne !

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