Par Vanessa

Pour des raisons de sécurité personnelle, Elle se prénommera F.
Courtaude et rondouillarde, F. a la cinquantaine bien sonnée. Pour celui qui ne connaîtrait pas l’âge de la demoiselle, on lui en donnerait facilement dix de plus tant elle fait vieille fille. F n’a pas de mari. F. n’a pas d’enfants. F. n’a pas de famille. F. a un travail auquel elle a décidé de consacrer toute sa vie, … aux corps défendants de ses employés-esclaves qu’elle mène d’une main de fer.
Dès huit heures du matin, elle est à son poste de travail. Ses lunettes, chaussées sur l’arête de son nez aquilin, lui permettent d’affûter sa surveillance maniaco-psychotique. Rien ne doit lui échapper : aussi bien les arrivées tardives, les pauses cigarettes intempestives, les déjeuners à rallonge que les départs précipités et j’en passe. L’indiscipline la rend dingue !
Lorsque l’un de ses subordonnés commet la moindre faute, elle scande, de sa voix suraiguë, le nom dudit fautif faisant résonner l’heure du châtiment dans tout l’étage. Puis, la porte de son bureau claque. A cet instant, tout un chacun peut l’imaginer, rouge comme une tomate, prête à faire pleuvoir hurlements et reproches sur le pauvre hère tétanisé.
F. a l’emportement facile et l’encouragement inexistant. F. est mauvaise et acariâtre. F. n’a pas d’amis. Ces dossiers de recouvrement sont ses amis. Son travail est sa raison d’être. F. ne connaît aucune autre règle de vie que celle-ci, cette dernière devant bien évidemment s’appliquer de la même façon à l’ensemble de ses sujets. Ses esclaves ne doivent se commettre ni dans la facilité ni dans l’oisiveté. Les mots d’ordre sont les suivants : discipline, travail, obéissance et abnégation en toutes circonstances.
La maladie, F. l’a en horreur. Que l’on ait 42° de fièvre, que l’on se torde de douleur ou bien que l’on soit à l’article de la mort, pas question d’être démissionnaire. La devise de F. : « Plutôt mourir que de ne pas répondre présent à un jour de travail. ». F. fait travailler son staff encore et encore jusqu’à ce qu’il ne fasse plus la différence entre le jour et la nuit. F. aime le rendement.
F. ne se remet jamais en question. Il lui est toujours plus facile de mettre en cause les uns ou les autres. La tête haute, le regard froid et pénétrant, les lèvres pincées et le port arrogant, elle vous snobe comme si vous étiez d’une race inférieure. Elle sait comme personne vous faire sentir loser de chez loser.
Sous sa coupe, sa troupe s’étiole. Elle a perdu sa joie de vivre depuis la nuit des temps. Les teints grisâtres, les cernes noirâtres, les yeux creux, les regards vides, les corps épuisés et abattus ou bien encore les silences mortels ne trompent plus personne. Et pourtant, personne ne dit mot …
Quoiqu’il advienne, F., à l’image de sa vie, mourra seule et desséchée sans avoir vécu.
Paris, le 24 Novembre 2009
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