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Simon

Dix-huit mois que nous nous aimions en silence, à l’abri des regards. Je n’avais pas revu Simon depuis bientôt cinq mois. Parti à Libreville mettre en œuvre le chantier de Belinga, Simon s’était vu accorder une permission d’une semaine pour fêter Noël en famille. Tous ces longs mois interminables à l’attendre, à l’imaginer loin de moi, avaient fini par faire de moi un pauvre zombie. Mais ce soir, cette longue attente sera balayée en un baiser. J’allais enfin revoir Simon. J’allais reprendre vie. Nos retrouvailles étaient pour bientôt, je le savais … Je n’avais plus que quelques heures à patienter.

 

Simon avait réussi à me faire passer un billet me dévoilant l’heure à laquelle je devais le rejoindre. Le compte à rebours était à présent enclenché et l’attente commençait à devenir insupportable. Au vu de l’heure qu’indiquait l’horloge de la cuisine, six heures me séparaient de mon amant. Six longues heures de supplice … Les nerfs à fleur de peau et l’euphorie qui m’animait ont eu raison de mes dernières résistances. Un long et profond sommeil m’emporta dans la sinuosité des rêves.

 

Courant à perdre haleine à la rencontre de Simon, je foulais les dernières enjambées qui nous séparaient depuis trop longtemps déjà. La nuit m’enveloppait de sa robe noire et je volai légère comme le vent jusqu’à mon tendre amour. Je me laissais guider par la douce lumière de la Lune m’attirant imperceptiblement dans les bras de Simon au creux desquels je me lovais tendrement, respirant à grandes bouffées la moiteur de sa peau. Ivre de bonheur, je me laissais tomber dans ses bras qui me soulevèrent m’emportant à l’ombre de son alcôve. C’est dans cette chambre que nous avons poursuivi notre amour que le Gabon avait rendu prisonnier. Le climat africain avait rendu sa peau chatoyante et c’est avec avidité et gourmandise que je m’en repus.

 

Soudain, j’entendis un léger murmure. Je tendis l’oreille pour mieux percevoir les bruissements. Ils semblaient provenir de son jardin. Je me penchai à la fenêtre. L’aube commençait à peine à poindre. C’est alors que je vis une lumière vive. Non, ce n’était pas un mirage mais bel et bien le jardin et bientôt le rez-de-chaussée de la demeure qui crépitaient sous l’appétit des flammes de plus en plus voraces au fil des secondes.

 

Affolée par l’ampleur de l’incendie, je me retournai vers Simon que je pris par la main. Il fallait faire vite. Notre seul salut était de quitter au plus vite ce lieu maudit.

 

De par les fenêtres, je voyais monter dangereusement les flammes dévorantes. Au loin, j’entendais des bris de verre éclataient. Inassouvies, elles dévastaient tout sur leur passage. J’avais furieusement peur. Peur de ne pouvoir en réchapper. Peur qu’il ne soit déjà trop tard. Mais, je ne devais pas y penser. Alors, je continuai ma progression et entraînai Simon dans le dédale des couloirs. Il fallait trouver une sortie. Le bois craquait sous nos pas. Qu’importe ! Il fallait que je sauve Simon !

 

Au détour d’un corridor, une flammèche vint me lécher le visage. Impossible de poursuivre mon chemin. Impossible de retenir ce cri. La morsure était tellement vive. Simon essaya de me protéger. Mais une poutre vint se briser à nos pieds. Impossible de se rejoindre. Le feu avait gagné les étages. Nous étions encerclés. A quinze centimètres de nous l’escalier sans marches était suspendu au-dessus de ce funeste brasier. Nous ne pouvions plus regagner le rez-de-chaussée. Qu’allions-nous devenir ? Je regardai Simon à travers cet embrasement. Les flammes dansaient tout autour de lui, dessinant de jolies arabesques sur son corps à moitié nu. Dieu qu’il était beau ! Mon Dieu, qu’avions-nous fait ?

 

En une fraction de seconde, la gueule géante des flammes m’enveloppa. Je n’avais rien vu venir. J’avais chaud, terriblement chaud. La sensation ne cessa de s’amplifier. J’avais l’impression de me consumer de l’intérieur. Ma vue se brouilla. Je ne distinguai bientôt plus rien. Le visage de Simon s’estompait petit à petit. Pourtant, j’essayai de garder les yeux ouverts, fixés sur les lèvres grimaçantes de mon amant. Je voulais résister mais la douleur était insoutenable. Ma peau était à feu et à sang. Ma chair en lambeaux. Je ne pouvais plus lutter. Une dernière flamme me happât laissant planer le silence de notre amour.

 

J’ouvris brutalement les yeux et vis une araignée courir le long de mon sein gauche. Une goutte de sang perlait, coulant le long de mes côtes. La veuve noire avait frappé. Portant la main à mon sein, je compris que je ne rejoindrai pas Simon. Ce soir, j’avais rendez-vous avec la mort.


Paris, le 14 Septembre 2006
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S
Fiou!!!! Jamais lu quelque chose d'aussi intense. Mais quel talent pour pouvoir mener à bout ce texte!!! Bravo! Et bien, je ne peux que t'applaudir! Bravo
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V
Eh bien, merci de cet élan du coeur et de tous ces compliments qui me ravissent. C'est avec beaucoup d'humilité que je les reçois.