Par Vanessa

Il s'était planté au centre de la cour. Il était seul dans cette cour grise, trop petite pour lui. Les murs l'empêchaient de projeter son regard au loin. L'horizon n'existait plus.
Il marchait de long en large lorsque soudain, l'espace se remplit de voix. Les voix, aux tonalités variées, discutaient, riaient, murmuraient. Le volume allait croissant mais les voix étaient toujours aussi claires et distinctes. Si nettes qu'Alejandro de la Guardia avait distingué sa propre voix. Une voix nettement reconnaissable, rieuse et audible, celle de son enfance. La voix de l'insouciance et de l'innocence mais une voix terriblement angoissante tant elle demeurait impalpable. Une voix effrayante parce que tout en étant certain qu'elle fut la sienne, il savait bien qu'elle ne l'était pas. Elle l'attirait. Cette voix l'attirait vers un secret qui ne lui appartenait pas. Elle le menaçait si dangereusement qu'il aurait voulu n'en rien savoir.
Et pourtant, les sons et les murmures envahissaient la totalité de son crâne. Alejandro de la Guardia avait beau lutter, il ne pouvait échapper à cet envahissement. Cette intrusion qui devenait de plus en plus insupportable. Il voulait à tout prix faire disparaître ces pensées lancinantes qui semblaient ne vouloir lui laisser aucun répit. Il rusa, biaisa, tentant sans relâche d'éluder les sentiments que de telles pensées faisait naître en lui mais sans succès. Elles le traquaient dans les moindres replis de son âme et Alejandro de la Guardia n'aimait pas ça du tout.
Jusqu'à présent, il était parvenu à les éviter. L'introspection n'avait jamais été son fort. Il avait toujours su faire sans. Mais, peut-être était-ce là que résidait son talon d'Achille ? A trop vouloir fuir, il s'était retrouvé dans cette minuscule cour grise et froide. A ne rien vouloir savoir, il s'était perdu en route. A se voiler les yeux, il s'était à jamais privé d'un avenir serein et radieux.
Et ce matin, au centre de cette cour, la lumière avait jailli. Plus question de se mentir. Pour la première fois de sa vie, à la veille de son exécution, Alejandro versa une larme à la mère qu'il n'avait jamais eue.
Paris, le 17 Avril 2009
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