Par Vanessa
Depuis que je passe mes vacances estivales dans la belle région de Narbonne, j’ai plaisir à retrouver certains de mes rituels.
Ce matin, le soleil me chauffe déjà agréablement le visage et je profite pleinement de ce calme tout relatif. En vérité, je ne suis pas seule dans la garrigue. Quelques courageux font leur footing, d’autres pédalent courageusement le long de la route, avant que le soleil ne viennent terrasser les plus téméraires etalors que certains flânent profitant de la beauté du jour.
Pour ma part, j’aime sentir la moiteur de ce petit matin qui je le sais nous réserve une journée torride comme je les aime tant. De saison en saison, je ne me lasse pas de goûter à ces paysages, cette flore et cette pinède. Mille et une odeurs provençales s’en dégagent et j’ouvre grand mes narines pour que ces effluves pénètrent et s’insinuent dans tout mon être. Je ne cesse de m’extasier devant tant de beauté et m’imagine aisément prolonger ma vie dans ce pays que je sais désormais faire partie de moi.
C’est avec grande émotion que je me rapproche du haras où ma famille équestre, reconstituée au gré des saisons, aime à se retrouver pour de longues et belles journées de chevauchée. Au fil des ans, nous avons fini par nous apprivoiser, à nous connaître et à nous aimer. Chaque membre est devenu un habitué des lieux et fait partie de la tribu.
Le chant des grillons porte mes pas vers ma nouvelle famille et je me sens prête à profiter de cette magnifique randonnée qui me tend les bras.
A l’approche du club, je perçois nettement ces odeurs chevalines si chères à mon cœur. Fumet si particulier, reconnaissable entre mille, ce parfum m’a toujours chatouillée charnellement les narines aussi loin que je m’en souvienne. Persistantes, entêtantes, ces particules en deviennent étrangement et magiquement envoûtantes. Nul besoin de lutter, elles se faufilent en vous à votre corps défendant, vous drapent inexorablement de leurs substances. Je les ai aimées immédiatement sans chercher à m’en défaire ou à me défiler d’une quelconque façon que ce fut.
Aujourd’hui, je retrouve tout cela à la fois avec une vive émotion. Emotion teintée d’une soudaine mélancolie, voire nostalgie de mon enfance passée dans les clubs équestres bretons.
Ce matin, je retrouve Vénus, ma jument favorite. Jument de pure race espagnole, elle est belle et courageuse. Au fil du temps, nous avons tissé une relation de confiance et d’amour respectifs. J’ai pris l’habitude de la monter et limite les incartades. Lors de ces exceptionnelles éventualités, elle ne cache pas son mécontentement. Elle se rebiffe, me fait cruellement ressentir le poids de mes infidélités. Possessive, intransigeante, exclusive, de ces excès je lui sais gré, interprétant son comportement comme le témoignage supplémentaire d’un amour pur et absolu.
Aujourd’hui, la journée est des plus prometteuses. Cette journée est la nôtre : nous allons faire qu’une.
En pénétrant dans son box, Vénus m’accueille d’un hennissement plein de reconnaissance et de ferveur. Ses sabots piaffent d’impatience, ébrouant sa belle crinière noire. Comme à chacune de nos retrouvailles, des picotements me parcourent l’échine. Je viens à sa rencontre et lui flatte les flancs en signe de gratitude. Le bonheur de se reconquérir après une année de séparation est palpable. Emplie d’une émotion soudaine, j’enfouis mon visage baigné de larmes dans la chaleur de son encolure et l’étreins de toutes mes forces.
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