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Truman Capote

Paris, le 4 Avril 2006 - 14H55 – Quartier de l’Odéon 
 
C’est l’histoire d’un fait divers atroce qui va sceller la vie de l’écrivain et journaliste Truman Capote à celles de deux tueurs dont les destins seront liés à jamais. L’écrivain pressent et flaire le chef-d’œuvre. Il tient là son sujet. Mais, Truman Capote ne sait pas qu’il devra donner six ans de sa vie pour achever son œuvre. Six années d’enquêtes, de recherches, d’entretiens avec les tueurs.
 
L’écrivain se perdra dans un conflit de conscience, torturé par l'attirance et l'amitié qu'il finit par ressentir pour l’un des assassins, Perry. Truman Capote reconnaît en Perry, un frère en désolation, rejeté et solitaire, comme une sorte de frère monstrueux : « Comme si, dit-il, nous avions été élevés ensemble dans la même maison, et que j’en étais sorti, moi, par la porte de devant, et lui par la porte de derrière. ». L'écrivain se retrouve pris à son propre piège. La vampirisation est bilatérale : Truman Capote se fait séducteur, séduisant, le temps que Perry l’adopte, l’apprécie, se confie ; alors que Perry, enfermé en prison pour le meurtre d’une famille du Kansas, de la peine de mort, se rend compte de la chance qu’il pourrait tirer de la célébrité d’un tel auteur, pour échapper à la pendaison. Perry et Truman Capote s’utilisent tour à tour, l’un pour sa vie, l’autre pour son art. Pour accomplir sa tâche d'écrivain, Capote ment et triche avec les accusés allant jusqu'à infléchir le cours des événements. Perry Smith, avec qui il était devenu proche, devient alors plus que l'objet de son roman document : Truman fait de lui un personnage de fiction. Jouet vulnérable dans les mains de Capote, Perry le coupable devient Perry la victime, réduit à un personnage romanesque. Car en vérité Capote n'écrit qu'en perspective d'une publication, aussi en arrive-t-il à instrumentaliser le jeune assassin dans le seul but que sa parole se déploie, au profit de son oeuvre. Mais la condamnation de Perry sera la mise à mort de sa fécondité créatrice. En l'accompagnant à l'échafaud il se condamne lui-même. La sauvagerie de Perry devient sienne, le monstre n'est plus derrière les barreaux mais apparaît sous les traits d'un mondain ambitieux. Capote amoureux de lui-même, Capote fasciné par le monstre qui est en lui et que lui dévoile Perry, Capote enfin rongé par le remord.
 
Extraordinaire et fabuleux comédien, Philip Seymour Hoffman nous fascine tant il réussit dès les premières secondes du film, à incarner Truman Capote. Ambigu, ambivalent, il a su s’imprégner de la gestuelle et du phrasé si particuliers du célèbre écrivain américain.Dandy américain homosexuel, personnage hors norme, orgueilleux, précieux, insolent, l’écrivain aura vécu cette histoire dans un état d’angoisse insoutenable, tiraillé par un insoluble dilemme moral. Venu à espérer l’exécution de Perry, qui seule lui permettra d’achever son chef d’œuvre. Truman Capote utilisera les derniers espoirs d'un homme pour parvenir au sommet. 
 
Bennet Miller dresse le portrait d'un personnage complexe, plein de contradictions et d'ambiguïtés, manipulateur à souhait, attachant, ambitieux, égocentrique, pas forcément sympathique, mais profondément fascinant. Brillant écrivain obnubilé par le succès, Truman Capote ne sortira pas indemne de cette expérience.Après De sang-froid, l’écrivain n’a plus terminé un seul livre et l’épigraphe de son ultime œuvre inachevée était cette phrase de Thérèse d’Avila : « Il y a plus de larmes au ciel sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas. ». Son livre verra le jour dans la douleur et le remord (« J’ai fait tout ce que j’ai pu….. ») dira-t-il aux deux condamnés quelques minutes avant leurs exécutions comme pour se pardonner à lui-même de ne pas avoir eu le courage de faire plus.
 
Le film aborde cette subtile et vaporeuse limite entre le bien et le mal, et dans quelle mesure on peut s’accepter ou se refouler soi-même sans devenir fou. Il nous met face à la dualité de l'homme, bon et mauvais, sensible et cynique.
 
Redoutable réflexion sur la création, on peut se demander jusqu’où un artiste est prêt à aller pour accomplir son oeuvre ?
 
Paris, le 20 Avril 2006
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