
A la suite d’une expérience toute particulière dont je préfère taire les détails, je me suis aperçue que j’étais dotée d’un pouvoir extraordinaire : celui de mort sur autrui … Par ma seule volonté, mon esprit avait le pouvoir d’envoyer quiconque dans l’autre monde …
Au début, cette découverte m’a réellement perturbée. Ce talent m’effrayait au plus haut point. L’idée de pouvoir m’en servir me terrifiait. Imaginez la responsabilité que j’endossais. Je ne pourrai pas vivre avec les conséquences de ces actes. Non, ce serait totalement impossible. Impossible, je vous dis. Cette éventualité était absolument inhumaine. Seul Dieu était en mesure d’accorder ou d’enlever la vie à un homme. Que venais-je faire dans cette histoire ?
Durant des semaines et des mois, j’ai repoussé cette possibilité, faisant abstraction de ce nouveau pouvoir « magique ». Pourtant, je restais obsédée par cette pensée, n’en dormant plus la nuit, rêvant de monstruosités plus effrayantes les unes que les autres. A mon réveil, j’étais haletante, inondée de sueur, le cœur prêt à exploser. Je pensais ne jamais me défaire de ces impressions malsaines qui me hantaient jour et nuit. Ce pouvoir était une véritable malédiction.
Et puis un jour, je me suis lancée. Je ne pouvais plus continuer cette vie de zombie. Il fallait agir. J’ai pris une décision : affronter mes démons qui me poursuivaient et m’empêchaient de vivre, pour mieux les combattre. Mais bon voilà, par quoi commencer ? Ou plutôt par qui ? Telle était ma nouvelle préoccupation. Qui serait mon premier cobaye ? Qui devrais-je désigner pour me délivrer de ce mal qui me rongeait à petit feu ?
Alors que je promenais dans mon quartier favori, flânant le nez au vent, en cette belle journée d’été, j’ai su. Témoin d’une scène qui aurait pu sembler banale, j’ai senti que l’heure était venue pour moi d’entrer en action.
A quelques mètres de moi, un petit garçon se plaisait à terroriser une petite fille qui dégustait sagement un cornet de glace au chocolat. Il s’acharnait sur elle, la chamaillant méchamment, tournant autour d’elle, lui titillant tour à tour les côtes et les couettes sur lesquelles il tirait frénétiquement. La petite apeurée, restait clouée sur place, ne parvenant pas à réagir. Je voyais bien d’où j’étais, qu’elle faisait son possible pour ne pas pleurer, ne voulant pas lui donner satisfaction. Mais, une raillerie, un coup de trop eurent raison de ces dernières résistances. Et c’est à ce moment-là que je vis valdinguer son cornet de glace au chocolat. Il vint s’échouer sur ces jolies chaussures roses les tâchant impitoyablement. Tous ses verrous explosèrent et elle fondit en larmes. A ce spectacle cruel, le petit garçon riait de plus belle, savourant sa victoire.
N’en pouvant plus, je me précipitais vers ce garnement et sans l’ombre d’une hésitation, le saisis par le col. Je le maintins fermement sur le mur auquel je l’avais plaqué et le regardai droit dans les yeux. Voici que la situation s’inversait soudainement. Mort de peur, il ne pipait mot. Alors que je le fusillais du regard, je sentis l’odeur de la peur s’amplifier en lui. Oui, je ne rêvais pas ; il venait bel et bien de se pisser dessus ! Quel petit porc ! Je n’aurai aucune pitié pour lui. Tous mes doutes s’étaient envolés à la vision de cet abject garnement martyrisant sans complexe cette pauvre petite fille. Il avait usé de son pouvoir ; il allait payer. Je ne pouvais plus reculer désormais. De toute façon, je ne le voulais plus. J’étais prête.
Desserrant mon étreinte, je luis tins les propos suivants : « N’oublie jamais ce que tu as fait subir à cette petite fille innocente. N’oublie jamais le rôle infâme que tu viens de jouer. Sache que là où je t’envoie, tu auras tout le temps d’y réfléchir et de te repentir. J’espère que cette sentence te servira dans une autre vie et que tu sauras saisir la chance que je te donne aujourd’hui ».
A ces paroles, j’ai cru lire une certaine forme d’incrédulité dans les yeux du petit garçon. Je crois sincèrement qu’il pensait reprendre sa vie là où il l’avait laissée quelques instants plus tôt. Mais, je vous l’ai dit, j’étais incapable de pitié.
A l’instant où je le reposerai à terre, je savais que les choses ne seraient plus jamais les mêmes, ni pour lui, ni pour moi …
Ma vision de la vie et ma destinée avaient bel et bien changé pour toujours. Quant à lui, cette vision s’était arrêtée net.
Paris, le 18 Avril 2006