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Léonore













Léonore a vécu en vase clos durant dix ans. Dix années pendant lesquelles ses parents l'ont privée d'une sociabilité et d'une éventuelle harmonie en collectivité.
Cloîtrée dans une tour d'ivoire, conditionnée pour aller d'un endroit X à un endroit Y, Léonore ne s'aventure jamais au-delà du trajet balisé qui va de son école à l'appartement de ses parents. Léonore ne connaît pas sa ville. Léonore va à l'école. Léonore côtoie ses professeurs. Léonore obtient d'excellents résultats, elle est d'ailleurs la meilleure élève de sa classe. Léonore ne connaît pas le partage d'un goûter d'anniversaire avec ses camarades. Léonore ne sait pas ce que signifie l'amitié. Léonore est timide et solitaire. Léonore ne fait pas de bruit. Léonore joue seule dans sa chambre. Léonore est fille unique. Bélinda, Cornélia et Chloé alignées les unes à côté des autres attendent le bon vouloir de Léonore. Léonore leur parle, Léonore parle avec ses poupées. Elles sont prêtes à écouter sagement les histoires des petites filles indisciplinées de la Comtesse de Ségur que Léonore a reçues pour Noël. Léonore pleure. Léonore pleure de n'entendre que l'écho de sa voix.
Oui, les parents de Léonore ont voulu le bonheur de leur fille à tout prix. La protéger du danger, la défendre contre l'étranger, la prémunir des préjugés et bien plus encore. Les parents de Léonore ont fait ce qu'il y avait de mieux pour leur bébé. Ils sont tellement fiers d'elle. N'est-elle pas belle comme le jour et sage comme une image ? Grâce à eux, Léonore ira loin, elle connaîtra le bonheur. D'ailleurs, elle a encore décroché les félicitations du jury et passe en 6ème avec des résultats exceptionnels !
Entre les cahiers de vacances et les livres de la Pléiade, Léonore passe le temps tandis que l'été tire tout doucement sa révérence. Il faut quitter les bras de mamy Yvonne et dire au revoir à ses délicieux gâteaux aux zestes d'orange. L'heure est venue de reprendre le chemin de l'école. Ce matin, Léonore fait sa rentrée. Elle n'en mène pas large, Léonore. Perdue parmi ses camarades qui ont tous l'air d'avoir cinq ans de plus qu'elle. Oui, ils ont l'assurance des grands à qui on ne la raconte pas. Léonore a le sentiment qu'ils ont tout vu et qu'ils savent tout sur tout. Je crois qu'on peut dire que Léonore est impressionnée. Impressionnée oui c'est bien le mot mais elle a peur aussi. Peur de ne pas être comme eux. Peur de sa différence. Elle le sent bien qu'elle n'est pas comme eux. Elle n'a jamais été comme eux. Mais là, ce n'est pas pareil. Ce n'est plus pareil. Il va falloir être forte pour leur résister. Mais, Léonore ne s'en sent plus la force. D'ailleurs, elle n'a jamais été forte. Elle a toujours esquivé les coups. La vie lui fait peur. Comment tenir une année parmi ces étrangers ? Comment résister ne serait-ce que quelques semaines ? Léonore n'en a pas le courage. Elle se sent perdre pied. Elle se sent si seule. Ni ses parents ni sa mamy Yvonne ne sont là pour la protéger. Alors qui va veiller sur elle ? Qui ??!!
Cette jeune fille peut-être qui la dévisage depuis son arrivée dans la cour. Serait-il possible qu'elle s'intéresse à moi ? C'est curieux, entourée de garçons et de filles qui essaient de capter son attention avec leur babillement, elle n'a l'air d'avoir d'yeux que pour moi. Qu'est-ce qu'elle me veut ? Rien de bon, j'imagine. Elle doit juste être en train de se moquer royalement de moi. Et après tout, elle aurait bien raison ! Pourtant, j'ai l'impression qu'elle me sourit ? Est-ce mon imagination ou mon envie farouche qu'elle me tende la main ? Serais-je simplement capable de la saisir ? Je crois que oui. J'aimerais tant qu'elle devienne mon amie. Ma meilleure amie. Comme ces mots sont étranges et pourtant si doux à mon oreille. Mais je l'entends qu'on l'appelle ! Rosalie ! Rosalie ! Elle s'appelle Rosalie. Contre toute attente, elle ne répond pas à cet appel et semble se diriger vers moi. En l'espace d'un instant, elle réduit les quelques mètres qui nous séparaient l'une de l'autre et me tend la main. D'une voix chantante, elle me demande si je suis nouvelle et me propose de me joindre à son groupe d'amis. Ces quelques mots m'ont transportée dans un autre monde. Un monde où l'été ne tarit pas, où les cigales chantent du matin au soir, où le bleu du ciel n'est jamais entaché par les nuages blancs des mauvais jours, où les roses trémières s'épanouissent au contact du soleil doré, où les abricotiers ploient sous la rondeur orangée des fruits sucrés, où le sable blanc caresse vos petons, où la mer turquoise rafraîchit votre peau ambrée, où le parfum des glaces vous rappelle la madeleine de Proust, où ... Oui, il y a tout cela dans la voix mélodieuse et les yeux céruléens de Rosalie ... Cela et bien plus encore, ils sont la promesse d'une vie où tout est possible. C'est à cet instant que j'ai eu envie de vivre ma vie en couleur. Je sais maintenant que plus rien ne sera comme avant.


Paris, le 11 Octobre 2008



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S
Pauvre petite Léonore. Elle me rappelle : moi.Heureuse que la vie lui sourit enfin !
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V
<br /> <br /> Contente de savoir que Léonore ait fait écho en toi puisque, en effet, la vie lui sourit !<br /> <br /> <br /> <br />
M
Joli et tendre rencontre qui pourrait servir de préface à un Roman de la petite Vanessa...........bisous....Mimi
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V
<br /> <br /> Très bonne idée même si je ne l'avais pas perçu comme cela. Mais peut-être commences-tu à me connaître mieux que moi-même !<br /> <br /> <br /> <br />