Par Vanessa

Uriel et Euxane. Deux prénoms sonnant comme un défi. Un homme et une femme. Les tout derniers survivants de l'île de la terre du Levant. Uriel et Euxane, seuls sur cette terre rejetée au Nord-Est de l’Islande.
Depuis quelques jours, une pluie dense s’est abattue sur l’archipel. Pas une de ces pluies fines qui vous caressent le visage. Non, une pluie drue qui vous casse le dos, vous fait ramper à terre, dans la boue, comme un animal. Une de celle qui vous dit que vous n’êtes qu’un étranger sur cette terre hostile. Une de celle qui vous rappelle que vous n’êtes rien, que vous n’êtes que de passage ici-bas. Ne jamais oublier que l’on vous tolère. Ne pas s’imaginer que l’on puisse s’aventurer impunément dans les pas de l’Humanité. Point de révolte ici. Pas un mot plus haut que l’autre. Il faut savoir marcher en rang sinon tu crèves.
Alors évidemment, lorsque toute une civilisation avait eu des velléités de rébellion, la Nature n’avait pu rester de marbre. Les habitants de l'île de la terre du Levant s’étaient développés de façon démesurée, surpeuplant ce lieu béni autrefois si serein. Ils avaient tant et si bien prospérés qu’ils avaient envahi le territoire ne laissant plus une seule parcelle inoccupée. Ils étaient trop nombreux. Et puis, ils se comportaient si mal. Elle ne pouvait le permettre. Il était de son devoir de réagir. Alors, c’est vrai, elle avait mis le paquet. Elle n’avait pas fait de quartier. Au son de l’ocarina, instrument traditionnel de l’île, tout avait été anéanti. Réduit à néant ou presque puisqu’Uriel et Euxane étaient encore là. Certes amoindris mais ils résistaient. Quel était donc leur secret ? Pourquoi avaient-ils réchappé aux tornades et ouragans ? Jour après jour, les éléments s’étaient déchaînés sur ce peuple qui avait cru pouvoir lutter ? Qu’avaient-ils de plus que les autres ? Leurs amis et leurs familles avaient été décimés, les uns après les autres. Personne n’avait pu vaincre les forces de la Nature. Aux tornades et ouragans avaient succédé les tremblements de terre. Les survivants n’avaient eu aucune trêve en voyant surgir des invasions de sauterelles ainsi que des nuées de guêpes attaquant sans répit petits et grands. Ils avaient succombé dans d’atroces souffrances. Rien n’avait pu les sauver. Ils étaient perdus. Leurs âmes n’avaient pas su trouver le chemin. Désormais, cette Terre ne pouvait plus recueillir cette population qui n’avait pas su respecter la Nature. Ils s’étaient tout permis ; alors, celle-ci avait décidé d’en finir. D’en terminer une bonne fois pour toute.
Devant une telle démonstration de violence, Uriel et Euxane ne pensaient pas couper à la colère de la Nature. Résignés, ils avaient attendu que la Mort vienne les faucher et puis non, rien ne s’était produit. Ils étaient là. Depuis quelques instants, les éléments s’étaient apaisés. La Nature avait épargné Uriel et Euxane. Mais, qu’allaient-ils advenir d’eux ? Orphelins sur l'île de la terre du Levant, allaient-ils pouvoir survivre ? Comment résister ?
Tout n’était que néant et désolation autour d’eux. Quelques végétations subsistaient ça et là. Au milieu du chaos, ils aperçurent un arbuste, appelé la coque du levant, réputé pour sa fertilité sous lequel ils s’abritèrent. Autrefois, Uriel avait appris ses bienfaits dans le vieux manuscrit de son aïeul féru de botanique. Il y était écrit que le breuvage de quelques gouttes de la sève de cet arbrisseau suffisait à redonner vie à toute forme d’aridité. Uriel déplia le foulard mauve d’Euxane et lui fit signe de s’asseoir. Il sortit de son pantalon une lame qu’il planta dans la chair tendre de l’arbre et pratiqua une légère incision. A l’aide d’un morceau de miroir, il récupéra la sève qui s’échappait du tronc et la fit boire à la belle Euxane. Ils s’allongèrent à l’ombre de l’apocalypse qui s’étendait sous leurs yeux. Et dans un élan empli d’espoir, ils s’aimèrent de toutes leurs forces.
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