Par Vanessa

Le docteur Bonenfant cherchait dans sa mémoire, répétant à mi-voix : "Un souvenir de Noël ?... Un souvenir de Noël ?... "Et tout à coup, il s'écria : - Mais si, j'en ai un, et un bien étrange encore ; c'est une histoire fantastique. J'ai vu un miracle ! Oui, mesdames, un miracle, la nuit de Noël.
Je me souviens d’elle. Je l’ai rencontrée au détour d’un de ces banals accidents de vie. La vie, vous savez, est surprenante et vous joue des tours, pas toujours drôles.
Elle est arrivée dans mon cabinet. C’était sa première consultation. Prostrée. Elle était repliée sur elle-même, comme un animal que l’on aurait maltraité. On l’avait cassée. Elle était brisée. Le regard fuyant, le corps recroquevillé, les épaules tombantes, les mâchoires serrées, la vie avait disparu de cette jeune femme. Elle ne parlait pas ou si peu. Je la sentais à fleur de peau, prête à s’écrouler à la moindre intonation de voix.
Le diagnostic était sérieux. Le travail serait long. Elle avait perdu toute confiance. Elle doutait de tout et de tout le monde. Elle avait cessé de se battre. Elle ne voulait plus vivre. Je le lisais dans ses yeux.
Cette jeune femme m’a ému. Cette fragilité, ces blessures, ces plaies ouvertes ont fait écho en moi. Il fallait que je la sauve. Elle devait être sauvée. Elle plus que les autres. Pourtant, j’en avais vu défiler … des malheureux, des gens détruits, des malades et des incurables. Mais je ne sais pas … Il y a des choses qui vous semblent évidentes. Des choses qui ne s’expliquent pas ... Je le sentais en moi. Il fallait que je le fasse. Mon destin était là. Nos chemins devaient se croiser. Je me devais de la tirer de cette détresse. J’allais être à ces côtés le temps qu’il faudrait. Je l’aiderai à se trouver.
Je l’ai vue toutes les semaines. Chaque Samedi matin, elle était là, assise en face de moi, dans mon cabinet, comme au premier jour. Rien ne changeait. Le silence s’installait entre nous. Elle me fuyait. Elle se fuyait. Elle ne s’autorisait pas à vivre. Elle avait peur. Et pourtant, je ne cessais de lui parler. Je cherchais … Je voulais toucher son âme. Etablir un contact révélateur. Tout était possible. J’avais confiance. Je lui posais des questions. Je multipliais les pistes. Je m’acharnais. Oui, je m’obstinais, plus que pour n’importe quel autre patient. Elle était différente.
J’avais espoir qu’un jour peut-être … Nos rencontres ont duré quatre mois. Quatre mois d’un dialogue à sens unique. Mais je ne désespérais pas. Je m’accrochais. Je n’ai déjà baissé les bras. Je savais que je pouvais la sauver. Je savais.
Et le temps fut notre allié. Ma foi et ma patience ont fait le reste. Ce matin-là, en ce beau jour de Noël, où la neige tombait à gros flocons, où la vie s’ensevelissait d’un joli manteau blanc, elle est venue jusqu’à moi. Doucement, elle s’est avancée. Et sans mot dire, elle m’a regardé. J’en ai été bouleversé. Un regard empli de confiance. Elle venait de me donner la permission. Celle de lui tendre la main.
Paris, le 12 Décembre 2005
Eclipse Next 2019 - Hébergé par Overblog