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Cruelle attente

Je suis par terre. Assise dans le couloir de l’entrée. Devant la porte. Porte blindée, gris métallisé, froide comme le souffle de la mort. Je t’attends. 

 

Une heure passée à te guetter. A épier ton retour. Je n’en peux plus. Tu me fais languir tant et tant. … 98, 99, 100, ça y est, je devrais enfin entendre le son de tes pas dans les escaliers. Je me redresse, regarde par l’œilleton de la porte mais aucune lumière ne filtre. Je sais déjà que tu n’es pas là. Non, tu ne rentres pas et tu n’es pas près de moi. Combien de temps faudra-t-il encore que je patiente ? Mon cœur se serre. Je sens la sueur couler le long de mes aisselles. Et si tu ne revenais pas ? Non, je t’en conjure, ne me fais pas ça. Ne m’abandonne pas, … toi aussi. Comment veux-tu que je le supporte ? Ah ! Mais, j’entends des voix dans les escaliers. Je me lève et ouvre la porte à toute volée. Il faut que ce cauchemar cesse. C’est toi, je le sens, je le veux. Tu vas bientôt franchir le seuil du vestibule. Je me penche à la rampe pour mieux t’apercevoir. Espoir déçu. Ce ne sont que les voisins. Je les exècre. Je suis à cran. Mon estomac se tord davantage. Je sens que je vais vomir. 

 

18H. Je ne comprends pas. Je ne comprends plus. Une demi-heure de retard ! Tu devrais être à la maison. A 17H30 au plus tard, je dis bien au plus tard, tu as toujours été de retour, dans la chaleur de notre foyer. Foyer familial où plus rien de ne peux m’arriver. Ne déroge pas à la règle. Je suis là et tu es tout pour moi. 

 

Je me relève. Je fais les cent pas. J’essaie de me raisonner. Je sais que tu vas revenir. Tu as toujours trouvée le chemin de mon coeur. Je sens que je vais suffoquer. Il faut que je me calme. Un détour l’aura retardée, rien de plus. Rien de grave. Ce n’est plus qu’une affaire de secondes. Rassure-toi. Ton supplice va bientôt prendre fin. 

 

18H30. C’en est trop. L’attente a trop duré. Je tourne en rond. Dents serrées, je marmonne une litanie de mots incompréhensibles. Je me tors les doigts, les mains, tout ce que je peux. Je m’avance vers la fenêtre de la cuisine, l’ouvre en grand, m’incline avec l’espoir fou … Mais … Je tends l’oreille. Des clés ? Des clés dans la serrure. Je me retourne. La porte s’ouvre. Tu es là, dans l’embrasure de la porte. Je bondis jusqu’à toi et te sers de toutes mes forces. J’ai eu si peur.Tu es toujours aussi jolie, maman. Je t’aime tant.

Paris, le 14 Octobre 2005

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