Paris – le 17 Avril 2016 – 15H – Le Palais des Congrès
Dans l’univers des shows familiaux, les Irlandais proposent « Riverdance », les Indiens, « Bharati », et les Chinois, « Shen Yun ». « Shen Yun » a pour mission de faire revivre une culture chinoise d'inspiration divine.
Et pour ce faire, le spectacle comprend une vingtaine de scènes de danse classique et ethnique chinoise. Chaque scène de « Shen Yun » prend place au-devant d'un écran digital animé, représentant généralement des paysages comme les plaines mongoles, la Cour impériale, d'anciens villages, des temples ou des montagnes. Certains décors sont fixes alors que d’autres contiennent des éléments en mouvement s’intégrant à la narration du spectacle. Les représentations inspirées de l'histoire redonnent vie à Mulan et au général Yue Fei, et content des histoires contemporaines comme celle de la tragique persécution des pratiquants du Falun Dafa en Chine.
« Shen Yun » est accompagné d’un orchestre philharmonique occidental qui intègre plusieurs instruments traditionnels chinois tels que la pipa, le suona, le dizi, le guzheng, ainsi qu’une variété d’instruments à percussion chinois. Il comprend également des performances solos d’instruments chinois comme Xiaochun Qi à l'erhu.
Entre certaines scènes de danse, des chanteurs d’opéra se produisent sur scène, évoquant parfois des thèmes religieux et spirituels.
Avant chaque tableau, un duo de présentateurs introduit la performance à venir en français, en chinois et en anglais nous donnant des repères culturels ce qui casse le rythme du spectacle d’autant plus que « Shen Yun » ne propose pas de véritable histoire mais se veut être une succession de tableaux ponctués par une fermeture et une ouverture de rideau.
Certes, les costumes sont magnifiques et chatoyants, tout en soie et en mouvement fluide et les danseurs sont d’une grâce et d’une harmonie infinies mais le parti pris artistique est tout à fait discutable et ne permet pas de partir dans une rêverie à laquelle le spectateur aurait pu s’attendre.
De plus, les textes de propagandes religieuses qui soulignent tout le spectacle mettent mal à l’aise le spectateur.
Les fondateurs de « Shen Yun » sont, en effet, des membres du Falun Gong en exil, la troupe étant basée à New York. Le Falun Gong est un mouvement spirituel chinois. Fondé en 1992, ce qigong particulier comptait en 1999 environ 70 millions de pratiquants. Depuis 1999, concurrençant le Parti communiste chinois comme organisation sociale, il fait l’objet d’une répression en Chine qui procède à des arrestations et des emprisonnements accompagnés de torture.
Falun Dafa est le nom officiel du mouvement politico-religieux que le régime de Pékin appelle « la secte Falun Gong ». La Chine a mis hors la loi Falun Gong, mais dans le reste du monde, ses activités sont autorisées. En France, le mouvement ne figure pas sur la liste des sectes de la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires).
Lancé en 1994 en Chine par Li Hongzhi, Falun Gong repose sur la pratique du qi gong, une gymnastique traditionnelle qui privilégie les exercices respiratoires. S’y ajoutent la méditation, une mystique bouddhiste et un moralisme rigoureux.
Promue un temps par le Parti communiste, qui y voyait un moyen d’améliorer la santé des Chinois malgré le marasme du système sanitaire, Falun Gong obtient un succès foudroyant et attire des dizaines de millions d’adeptes. Au point que le PCC, parti unique, y voit un rival. En 1999, Falun Gong est persécuté et ses sympathisants, emprisonnés. Le mouvement a dénoncé des exécutions pour alimenter un trafic d’organes, ce qui n’a pu être vérifié par une enquête indépendante. Quant au gourou, Li Hongzhi, il vit aux Etats-Unis depuis 1998 et ne s’exprime plus en public depuis une interview au magazine Time, en 2001, où il se disait convaincu de l’existence des extraterrestres.
Au final, « Shen Yun » ne convainc pas et le spectateur a le désagréable sentiment de s’être fait floué.